Pierre PasquiniAvant-Propos par M. Pierre Pasquini, Ministre délégué chargé des Anciens Combattants et Victimes de Guerre

Paris, le 13 Mai 1996

"On se souvient de ce qui nous a unis. On oublie ce qui nous divise." Telle est la belle devise qui résume et illustre de la meilleure façon qui soit l'esprit qui souffle aux Amitiés de la Résistance et qui ne cesse de nous rappeler la haute figure et l'élévation morale d'Edmond MICHELET, son fondateur.

Plus de 50 années après les tragiques événements qui ont orienté notre existence et lui ont donné un sens nouveau, il est bon de constater que survit encore dans ce qu'il avait de meilleur l'idéal de la Résistance.

Pourtant, il serait téméraire de vouloir définir celui-ci d'une façon trop rigoureuse, tant il est vrai qu'il n'y a pas eu une résistance mais bien des résistances, diverses tant au plan de leurs rapports avec le général DE GAULLE qu'en ce qui concerne leurs spécialités et leurs capacités opérationnelles.

Et puis, sans doute serait-il présomptueux aussi de la part de ceux qui ont été, comme nous, immergés dans l'action de se faire les historiens et les philosophes d'un engagement aussi fort. Il faut, je le crois, conserver de cette époque le sentiment que nous en avions à la vivre quotidiennement. Et qu'était-il d'autre que celui d'une aventure souvent mortelle et toujours périlleuse que nous acceptions parce que nous savions que l'avenir de la France en dépendait.

Mais nous étions aussi animés par le souci de rompre pour l'avenir avec cette spirale d'abandon et de conservatisme stérile qui nous avait amené, à la fin de la IIIe République, à connaître cette gigantesque catastrophe collective dont nous ne nous sommes sans doute pas encore remis totalement.

Oui c'était cela, je crois, cet idéal très empirique de la résistance : lutter et vaincre un ennemi qui n'était pas seulement une armée d'occupation étrangère mais également une honte pour l'Esprit et réfléchir avec générosité et audace aux moyens de reconstruire la France et de lui redonner un État, une Armée, une Économie et des Finances dignes d'elle.

Alors, bien sûr, l'appréciation sur les moyens à employer pour mener à bien ces ambitions, puis le jeu politique, nominal en démocratie, nous ont amené, dès lors que l'ennemi avait quitté le sol national, à choisir les uns et les autres des voies parfois opposées. Pour ma part, je l'ai regretté très vivement, en 1946 notamment, lorsque cette situation n'a pas laissé d'autre choix au général DE GAULLE que d'abandonner sa charge de président du gouvernement provisoire avant d'avoir eu le temps d'entamer la grande oeuvre de rénovation qui avait été, autant que les impératifs militaires, le centre de ses réflexions londoniennes et algéroises de ces quatre années.

Mais c'était là, sans doute, le cours normal de l'histoire !

Pour aujourd'hui, pour nos fils et nos petits-fils, pour les générations à venir, je souhaite simplement qu'on ne se souvienne que de ce qui nous a unis dans l'action et qui était l'amour de la France et que l'on ne juge la résistance qu'à l'aune de ses résultats qui sont ceux de quinze divisions, comme l'avait analysé le général PATTON.

Qu'il me soit permis enfin, pour conclure cet avant-propos, de vous dire l'estime et la fierté qui sont la mienne d'être le ministre à qui revient le soin, dans le gouvernement de la France et sous la haute direction du président CHIRAC, de faire vivre et s'épanouir encore les idéaux d'une France respectée, juste et forte. Vos idéaux, nos idéaux.

Pierre PASQUINI


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