Les Évadés de France...
Ces Oubliés de l'Histoire...

La Résistance, dont la flamme ne s’éteindra pas, fut composée d’un grand nombre de réseaux, mouvements, maquis, Forces françaises de l’intérieur, mais aussi à l’extérieur de la métropole, Forces françaises libres, Forces françaises combattantes, et d’une manière tout à fait singulière, évadés de France par la mer, par les airs et par l’Espagne. Le franchissement clandestin des Pyrénées, quand il est suivi d’engagement dans les FFC est classé par le Code comme acte de résistance. Les évadés de France sont des résistants à part entière. 20 000 d’entre eux se retrouvèrent dans les armées de la Libération, sur terre, sur mer et dans les airs.

Cependant, et pour diverses raisons qui ne sont pas toujours avouables, on a eu tendance à les considérer comme résistants de seconde zone, l’administration allant jusqu’à leur refuser certains droits, pour éviter de porter atteinte au caractère exceptionnel des autres formes de résistance. Soldats du rang, la plupart du temps dans des unités de pointe, les historiens d’aujourd’hui les découvrent enfin et commencent à battre en brèche ces oublis de l’histoire en rétablissant dans leur honneur "ces humbles soutiers de la gloire".

Qui sont donc les évadés de France ?

Ils ont d’abord décidé de partir, de quitter leur sol natal, leur famille, leurs études, dans le pari fou de rejoindre la France libre, par tous les moyens qui pourraient se présenter. Ce ne sont pas des déserteurs, ils n’ont pas abandonné leurs frères résistants de l’intérieur, ils n’ont pas méprisé les malheurs de la patrie. Ils voulaient aller là-bas coûte que coûte chercher des armes et revenir aider un jour à la libération de la France. Cette décision de basculer dans la Résistance est commune à tous. Pour les évadés, elle signifiait un long et périlleux voyage : plus de 2 000 ont été arrêtés par la Gestapo au cours de leur tentative et ont été déportés. D’autres il est vrai furent aidés par les filières de la Résistance. La plupart enfin ont improvisé leur évasion à coup de performances physiques et parfois à grand frais.

En second lieu, les évadés par l’Espagne subirent presque tous une détention dans les geôles espagnoles, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles étaient nauséabondes et insalubres. La rigueur et la durée de ces détentions furent variables ; ces privations de liberté ont souvent laissé des traces physiques et psychologiques.

Malgré tout, acheminés vaille que vaille par la Croix Rouge en Afrique du Nord, ou plus rarement en Angleterre, les évadés s’engagèrent dans les FFC. Leur grande déception fut alors d’être souvent les dupes des rivalités internes de l’armée d’alors : Giraud ou de Gaulle ? Qu’importe, ils étaient venus pour combattre.

Enfin, volontaires pour les combats, les évadés figurent dans tous les débarquements, toutes les batailles y compris celles de Normandie-Niemen. Dans leurs rangs, la proportion des tués et des blessés dépasse la moyenne générale.

Maurice Druon, de l’Académie française, auteur du célèbre "Chant des partisans" entendu à tous les déjeuners des "Amitiés", est lui-même un évadé de France par l’Espagne. Il fut l’un des premiers à souligner l’originalité essentielle de l’évasion par l’Espagne. Que des hommes, des jeunes, qui ne se connaissaient pas les uns les autres, venus de toutes les provinces françaises, se soient retrouvés au pied des Pyrénées, avec la même détermination de partir, le même amour de la patrie, les mêmes convictions, le même but, qu’ils aient partagé les mêmes épreuves, les mêmes internements dans l’aventure espagnole, qu’ils aient bravé les mêmes contradictions, vaincu les mêmes obstacles, qu’ils aient trouvé la même énergie pour s’engager sous les drapeaux, voilà un événement absolument unique dans l’histoire de l’armée française, voilà un destin qui les unira jusqu’à la mort dans la même fierté, la même espérance.

Ajoutons que, soixante ans plus tard, ils sont fiers de se retrouver au cœur à cœur avec les autres résistants, ceux de l’intérieur, leurs frères. Les Amitiés de la Résistance en comptent une bonne proportion.

L’Union des évadés, puis après sa disparition, la Confédération nationale des anciens combattants français, évadés de France et des internés en Espagne se sont efforcés de les regrouper, pour perpétuer leur esprit. Depuis peu, la Confédération nationale a rejoint la Fondation de la France libre, pour pérenniser le souvenir.

Deux livres sont incontournables pour mieux connaître ce fait historique. D’abord Aux frontières de la liberté (prix Philippe Vianney, Fayard, 1998) par Robert Belot, historien. Ensuite Paroles de résistants (Berg International, 2001), du même auteur, qui est une anthologie des écrits d’évadés de France, contemporains de leur évasion. Une lecture tonifiante en ces temps de crise.

Père Maurice Cordier


Retour en haut de page