Jean Moulin, Héros de la Résistance

Au début de la dernière guerre mondiale, Jean Moulin était en poste à Chartres, préfet d'Eure-et-Loir. Il avait demandé à rejoindre son corps, lorsqu'en mai 1940 se produisit l'attaque allemande. C'est alors qu'il livra son premier combat. Il dut faire face, à peu près seul, avec beaucoup de détermination et de courage, aux problèmes posés par l'évacuation totale de la ville et par l'afflux de milliers de réfugiés civils et militaires dans un grand désarroi. Sommé par des officiers allemands de signer un papier déshonorant pour des soldats africains de l'Armée française, il fut brutalisé et refusa de donner sa signature. Il tenta de se suicider. 183 peine rétabli il tint tête aux autorités allemandes ce qui lui valet d'être mis en disponibilité par Vichy.

En juillet 1940, la France est à genoux, défaite, humiliée. Les troupes en uniformes vert de gris de la Wehrmacht font régner l'ordre allemand sur notre sol. À Londres, pourtant, un général presque inconnu a clamé à la radio que l'aube de la victoire pointerait un jour avec le secours des Alliés.

En France, déjà une poignée d'hommes est passée dans la clandestinité, ce sont les premiers Résistants. Ils n'acceptent pas le règne des nazis : c'est leur seul point commun. Pour le reste, ils sont isolés, isolés, divisés et d'opinions politiques différentes, toutes les couleurs y sont représentées. Parmi eux, les anciens militaires, les syndicalistes, les communistes, les catholiques dont bon nombre de prêtres, les socialistes, les conservateurs, les ouvriers et les bourgeois. Tous sont héroïques et courageux dans la lutte qu'ils entreprennent, tels des fourmis, contre l'énorme armée allemande.

Jean Moulin sait la naissance des mouvements et des réseaux de Résistance. Par contre, leurs divergences le désespèrent, lui qui ne songe qu'à la libération de la France.

Parti à Londres, il est reçu par le général de Gaulle lequel, président du Comité national français de Londres, veut unifier l'action des résistants. Les deux hommes se comprennent vite. Ils mènent le même combat, celui de la patrie en danger. Le général lui confie aussitôt la mission de coordonner les divers mouvements de résistance en un Conseil national de la Résistance dont il sera le président.

Dans la nuit du 31 décembre 1941 au 1er janvier 1942, Jean Moulin va quitter l'Angleterre pour la France à bord d'un avion bimoteur Whitley de la R.A.F. Dans sa poche une boîte d'allumettes au fond de laquelle il a dissimulé la microphoto de son ordre de mission, le seul document qui lui permettra de se faire reconnaître comme le chef de la Résistance. Bien qu'il n'ait subi aucun entraînement, il saute en parachute au-dessus des Alpilles de Provence. Il atterrit : seuls deux compagnons sont à ses côtés. Il est presque seul avec sa foi de patriote et ne sait pas qu'il lui reste très peu de temps à vivre.

Malgré les policiers de la gestapo qui harcèlent les clandestins, Jean Moulin tisse peu à peu sa toile de l'unité. Il parvient à rallier et à assurer son autorité sur la plupart des chefs des principaux groupes de la Résistance. Sa ténacité, sa loyauté ont surmonté objections et rivalités parfois féroces. Il leur procure de l'argent, des armes, des explosifs, des postes émetteurs. Il crée des services communs à la Résistance. Le 27 mai 1943, il préside la première réunion du Conseil national de la Résistance, 48 rue du Four à Paris. Il a réussi ce tour de force de réunir tout le monde : les chrétiens, les francs-maçons, les communistes, les radicaux, les socialistes, les conservateurs.

Pour Jean Moulin, cette heure est exaltante, mais sa mission n'est pas terminée : il faut continuer le combat, rendre la parole au peuple de France et rétablir les libertés. Malheureusement toute cette activité n'est pas passée inaperçue des polices de l'occupant. Bien que son identité ait été percée, ses logements repérés, plusieurs membres de son entourage arrêtés, Jean Moulin refuse de se réfugier à Londres. Il mesurait combien son œuvre était fragile et sa présence en France nécessaire. Le premier avertissement lui fut donné par l'arrestation à Paris, le 10 juin 1943, du chef de l'Armée secrète, le général Delestraint.

Le 21 juin 1943, lors d'une réunion clandestine dans la maison du docteur Goujon, à Calluire (banlieue de Lyon), Jean Moulin est arrêté par la gestapo. Le chef de la gestapo lyonnaise, Klaus Barbie, s'acharne sur lui. Ce bourreau sait qu'il tient entre ses mains l'homme qui connaît beaucoup de secrets de la Résistance. Affreusement torturé, nous imaginons ce pauvre corps disloqué au fond duquel couve encore la passion de la France. Jusqu'au dernier moment il ne desserrera pas les lèvres et personne ne sera arrêté. En se taisant, en acceptant volontairement de mourir sous les supplices, Jean Moulin témoignait pour l'Histoire que l'unité de son pays pouvait conduire jusqu'au martyre.

Quant à l'esprit dans lequel il avait rempli sa mission, on le reconnaît dans cette phrase d'une lettre à sa famille : "Je ne savais pas qu'il était si facile de faire son devoir". Il existe peu d'équivalents à Jean Moulin et à son œuvre dans les autres pays occupés.

Recueillies dans une urne portant le numéro 10137, les cendres de Jean Moulin reposent au Panthéon au fronton duquel brillent les lettres "Aux Grands Hommes la Patrie reconnaissante".

Héros légendaire qui appartient désormais à l'Histoire et à la vénération de la France. Souvenons-nous de cette magnifique leçon de courage et d'unité qu'il nous a laissée, elle est souvent absente de la plupart de nos mémoires.

"Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France..." (André Malraux, Oraisons funèbres)

E. Mazuel


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