Bicentenaire de la Légion d'Honneur

La Légion d'honneur est la première, la plus connue et la plus prestigieuse des décorations françaises. Elle est aussi fort appréciée en dehors des frontières et portée avec fierté par de nombreuses personnalités étrangères, même si seuls nos compatriotes ont vocation à en être membres.

Un Français, lorsqu'il devient légionnaire, entre dans un Ordre, dont il accepte les droits et les devoirs tels qu'ils sont définis par le code de la Légion d'honneur institué par le décret n° 62-1472 du 28 novembre 1962. Actuellement, l'Ordre comprend environ 113 000 membres, répartis en 63 grand-croix, 330 grands officiers, 3 600 commandeurs, 22 000 officiers et 87 000 chevaliers.

La Légion d'honneur a aussi été attribuée parfois à des collectivités ou des personnes morales, avant que le code de 1962 ne mette fin à cette pratique. Ainsi, 68 villes, dont 4 étrangères, 25 écoles militaires, dont 3 étrangères, 25 écoles civiles, dont 1 étrangère, 50 régiments et 4 collectivités ont reçu cette prestigieuse décoration.

Historique

Les ordres de chevalerie existent en France depuis le Moyen Âge. L'Ordre de Saint-Michel, fondé par Louis XI en 1469, pour 36 chevaliers nobles (ils furent 100 par la suite), et plus encore celui du Saint-Esprit, créé par Henri III en 1578, qui comptait 100 membres appartenant à la haute noblesse, jouirent d'une exceptionnelle renommée.

L'Ordre de Saint-Louis, militaire et "démocratique", fut le plus populaire de la royauté. Louis XIV l'avait fondé en 1693. Il comprenait des grand-croix, des commandeurs et des chevaliers, tous officiers de l'armée royale et de religion catholique. Louis XV créa, pour les officiers étrangers protestants servant en France, l'Ordre du Mérite militaire.

La Révolution abolit tous ces ordres. Mais elle se trouva rapidement dans l'obligation d'instituer, à son tour, divers modes de récompenses, collectives ou individuelles, médailles, couronnes, et surtout armes, notamment sous le Directoire. Cet usage fut réglementé par Bonaparte dans l'arrêté du 4 nivôse an VIII, créant les armes d'honneur, véritables décorations destinées à l'Armée. Ces armes portaient en gravure le nom de leur destinataire et souvent la mention de l'exploit qu'elles récompensaient.

Mais déjà le Premier Consul songeait à fonder une récompense nouvelle, qui ne fut pas réservée aux seuls mérites militaires. Ce qu'entendait créer celui qui se considérait comme le continuateur de la Révolution, était un ordre honorifique consacrant le principe de l'égalité non seulement entre les citoyens civils et militaires, mais aussi entre les services rendus à la Nation pourvu qu'ils fussent éminents.

Avec ces intentions, Bonaparte proposait et faisait voter le projet qui est devenu la loi organique du 29 floréal an X, portant création du nouvel Ordre, auquel fut donné le nom de Légion d'honneur. Et jamais nom ne convint mieux à une institution. C'est bien une Légion d'honneur celle qui, ayant pour grand-maître le chef de l'État, comprit dès son origine, à côté des plus glorieuses illustrations de l'Armée et de l'administration, les hommes les plus distingués dans les lettres, les sciences, les arts, l'enseignement, l'agriculture, le commerce, ou encore l'industrie.

Mais il ne pouvait suffire à reconnaître une fois pour toutes le mérite. En conséquence, il y eut quatre grades de légionnaires, appelés finalement : chevalier, officier, commandeur (commandant jusqu'en 1814), grand-officier. À ceux-ci, Napoléon, devenu empereur, ajoutait un cinquième grade : grand-croix (appelé sous son règne grand-aigle). Les grades de grand officier et grand-croix sont dits dignités.

L’Empereur désira, dès le début, donner à la Légion d'honneur un incomparable éclat, destiné à frapper l'imagination du peuple, des soldats et aussi des étrangers.

Le 15 juillet 1804, il présida lui-même, dans l'église des Invalides, au milieu de toutes les magnificences de la pompe impériale, la première distribution des croix aux légionnaires des grands corps de l'État : assemblées, magistrature, clergé, instituts, et bien sûr aux maréchaux, ainsi qu'aux soldats légionnaires de la garnison de Paris après avoir reçu d'eux le serment de fidélité prévu par les textes.

Puis, le 16 août suivant, une solennité militaire inoubliable réunissait à Boulogne-sur-Mer toutes les troupes destinées à la conquête de l'Angleterre. Là, face aux côtes de la nation ennemie, en présence et sous le feu de sa flotte croisant dans le détroit, Napoléon décora de sa main les officiers et les soldats à qui la nouvelle étoile avait été décernée, notamment les possesseurs d'armes d'honneur, légionnaires de droit, auxquels fut consacrée la première promotion de l'Ordre (2 000 environ).

Conservée par la Restauration, la Légion d'honneur coexista, de 1814 à 1830, avec les anciens ordres royaux rétablis. À partir du règne de Louis-Philippe, elle demeure le seul ordre national français, les institutions de récompense des rois disparaissant alors définitivement.

Tout en tenant compte de l'évolution des idées et des mœurs, le général de Gaulle, en 1962, a signé un nouveau code qui a restitué à la Légion d'honneur l'essentiel de la physionomie qu'elle avait à son berceau.

Ce code fut complété, en 1963, par la création d'un second ordre national, l'Ordre national du Mérite.

Administration de l’Ordre

Le chef de l'État est le grand-maître de l’Ordre.

À la tête de l'administration et de la discipline de celui-ci est placé le grand chancelier. Le premier grand chancelier, nommé par Napoléon, fut un civil, l'illustre savant Lacépède. Depuis 1815, cette très haute fonction a toujours été occupée par d'éminentes personnalités militaires.

Le grand chancelier préside, par délégation du grand maître, le conseil de l'Ordre, composé depuis 1981 de 16 civils et militaires nommés par le Président de la République, tous membres de l'Ordre et représentant les différents "métiers" qui proposent l'attribution de la croix.

Par ailleurs, le grand chancelier est également chancelier de l'Ordre national du Mérite.

Le siège de l'Ordre est encore aujourd'hui, comme à l'origine, dans le palais de Salm, qui fait l'admiration de tous les visiteurs de Paris. Construit juste avant la Révolution, sur les plans de l'architecte Pierre Rousseau, pour le prince allemand de Salm-Kyrbourg, il fut acheté au nom de la Légion d'honneur, le 4 mai 1804, par le grand chancelier Lapécède.

En 1871, les flammes allumées par la Commune l'endommagèrent considérablement. Mais, quelques années après, il eut la chance d'être entièrement restauré à l'aide d'une souscription ouverte parmi tous les légionnaires et médaillés militaires par le général Vinoy, grand chancelier.

Le deuxième personnage de la grande chancellerie de la Légion d'honneur est le secrétaire général. Traditionnellement issu de la magistrature, il a autorité, par délégation du grand chancelier, sur les services de la grande chancellerie, dont le musée national de la Légion d'honneur et des ordres de chevalerie, et les maisons d'éducation de la Légion d'honneur.

Les services de la grande chancellerie lui permettent d'administrer et de gérer l'Ordre de façon autonome. Ils sont aussi chargés de gérer l'Ordre national du Mérite, la Médaille militaire, les anciens ordres de la France d'Outre-Mer et les autorisations de port des décorations étrangères, sans oublier la discipline particulière de l'ensemble de ces décorations.

Ils traitent annuellement environ 14 000 dossiers de nomination ou de promotion dans les ordres nationaux et d'attribution de Médaille militaire (4 000 en Légion d'honneur, 3 600 pour la Médaille militaire et 6 400 pour l'Ordre national du Mérite).

Le Musée

Le Musée national de la Légion d'honneur et des ordres de chevalerie, créé en 1925 par le grand chancelier de l'époque, le général Dubail, est installé dans une aile du palais de Salm.

Là sont groupés et replacés dans leur cadre, des témoignages, humbles ou illustres, anciens ou tout récents, de l'histoire et de la gloire de l'Ordre : décorations, armes, documents, archives, estampes, tableaux, costumes, etc. À leurs côtés, sont évoqués les grands ancêtres de la Légion d'honneur, les ordres royaux, les autres décorations françaises, enfin, les principaux ordres et insignes de récompense du monde entier, disparus ou encore conférés de nos jours. Le musée est actuellement l'un des seuls au monde qui soient consacrés à l'histoire des récompenses nationales de tous les pays.

Les maisons d'éducation

Napoléon Ier avait constamment présent à l'esprit "sa" Légion d'honneur. Au milieu des bivouacs aussi bien qu'aux Tuileries et à Saint-Cloud, on le vit se préoccuper des moindres détails de l'administration de l'Ordre, comme des intérêts de ceux qui en font partie.

Déjà en 1805, avant de se rendre à l'Armée pour commencer la célèbre campagne que devait illustrer la victoire d'Austerlitz, il avait pensé aux filles de légionnaires et chargé le Conseil d'État de préparer un projet en vue de créer des maisons d'éducation qui leur seraient exclusivement réservées. Ce projet fut sanctionné par le décret du 15 décembre 1805, signé à Schoenbrunn.

La première maison s'installa vers la fin de 1807 dans la superbe demeure des Montmorency, le château d'Écouen. Mme Campan en reçut la direction avec le titre de surintendante. Le 24 mars 1809, une seconde maison fut ouverte dans l'ancienne abbaye royale de Saint-Denis. Enfin, en 1810, trois maisons d'orphelines vinrent compléter cette organisation, dont une dans une ancienne abbaye de la forêt de Saint-Germain-en-Laye, les Loges.

Aujourd'hui, ne subsistent que deux maisons d'éducation réservées aux descendantes des légionnaires et des membres de l'Ordre national du Mérite. Comportant environ mille élèves, elles offrent une scolarité alignée sur celle des établissements publics, le collège étant aux Loges et le lycée avec quelques classes préparatoires à Saint-Denis.

Société d'entraide

Les maisons d'éducation répondaient au désir de venir en aide aux familles de légionnaires peu fortunés. Dans le même esprit d'assistance, l'Empereur avait prévu la création, dans chaque cohorte, d'hospices destinés à recueillir des légionnaires âgés, infirmes, ou sans ressources.

Il n'eut pas le temps de mener à bien cette tentative et c'est seulement après la guerre de 1914-1918 que fut instituée, indépendamment de la Légion d'honneur mais sous la présidence d'honneur du grand chancelier, la Société d'entraide des membres de l'Ordre dont le siège est dans l'Hôtel national des Invalides.

Conclusion

Ce coup d'œil d'ensemble suffit à faire comprendre l'étendue de l'œuvre qu'a su accomplir dans le passé et que poursuit à l'heure actuelle notre premier ordre national. La Légion d'honneur est l'élite vivante de la Nation, celle qui a aussi une certaine idée de la France.

Cet ordre fête son bicentenaire; il a résisté à toutes les péripéties de notre histoire; il a eu raison de tous les obstacles parce qu'il possède dans le pays des racines ancrées profondément dans notre mémoire. S'il est resté à la fois populaire, respecté et toujours convoité, c'est que son unique but, tout de désintéressement et de dévouement, est d'accroître toujours davantage, à titre civil et militaire, le patrimoine de gloire et d'honneur qui fait la grandeur de la France.

Comme l'a fait remarquer Thiers : "Reconnaissons ce qu'avait de beau, de profond, de nouveau dans le monde une institution tendant à placer sur la poitrine du simple soldat, du savant modeste, la même décoration qui devait figurer sur la poitrine du chef d'armée, des princes, des rois. Reconnaissons que cette création d'une distinction honorifique était le triomphe le plus éclatant de l'égalité, non celle qui égalise les hommes en les abaissant, mais celle qui les égalise en les élevant".

(Texte réalisé par la grande chancellerie et publié avec son autorisation)

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Extrait de La Montagne, 2002

Deux siècles d'honneur

En 1962, le général de Gaulle tire la sonnette d'alarme. Les Français sont submergés par trop d'honneurs et il faut y mettre un frein. L'attitude peut paraître paradoxale de la part de l'ex-sauveur de la patrie, qui a toujours défendu âprement l'image nationale. En réalité, le président pointe du doigt la... Légion d'honneur. Le premier ordre civil et militaire du pays, dont on fête actuellement le bicentenaire (elle a été créée en 1802), avait vu ses effectifs augmenter brusquement après chacune des deux guerres mondiales, pour atteindre, au début des années soixante, plus de 300 000 membres.

Considérant qu'il convenait d'arrêter cette progression jugée dangereuse pour le prestige de l'institution, le général de Gaulle fixe donc, dans le code de la Légion d'honneur, un objectif à atteindre pour la fin du XXe siècle : 125 000 membres.

Objectif parfaitement tenu par ses successeurs, puisque les attributions se sont stabilisées autour de 113 000. À la fin de l'année 2000, on dénombrait ainsi 87 371 chevaliers, 22 401 officiers, 3 626 commandeurs, 321 grands officiers et enfin, le nec plus ultra en matière de récompense honorifique, 61 grand-croix.

La première manifestation célébrant le bicentenaire a eu lieu récemment, au palais de l'Elysée, avec la remise de la médaille du bicentenaire et du timbre commémoratif au Président de la République et grand maître de l'Ordre. Le 28 janvier dernier, Jacques Chirac avait ouvert les célébrations en décorant 17 personnalités, parmi lesquelles sœur Emmanuelle. Il avait alors appelé "au renforcement du caractère universel de la Légion d'honneur", recommandant que "tous les milieux socioprofessionnels soient récompensés", et que cette décoration soit "surtout donnée aux femmes, insuffisamment représentées".


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