Un Episode des Combats
dans le Massif Central

François Delmas, avocat honoraire, était docteur en droit, diplômé de l’École des sciences politiques. Engagé volontaire de la Résistance, croix de guerre, ancien maire, pendant dix-huit ans, d’une commune rurale, il est président d’honneur des Lozériens de Paris. Enfin, pour persévérer à "maintenir" ce qui est encore debout, il s’est fait un devoir d’être aussi agriculteur.

Il vient de nous quitter. Que les siens sachent que nous partageons leur peine.

Les souliers du départ

"Ami si tu tombes… 

"Un ami sort de l’ombre à ta place", fredonnaient les combattants. Les forces du maquis se reformeront en Haute-Lozère, et notamment au domaine du Sauvage, situé à la limite de la Haute-Loire, à proximité de Paulhac, où elles contrôleront, dès la mi-juin, toute la région avec l’état-major FFI de Haute-Lozère constitué après un premier regroupement à la ferme du Berthaldes, dans une maison forestière du Lioubeau et à Mercoire.

"C’est dans cette ancienne abbaye que s’installera le PC des FFI sous les ordres du commandant Thomas, avec un détachement de la mission interalliée ; installée par ailleurs à Plagnes sur l’Aubrac, elle était constituée de quatre officiers, dont deux commandants originaires, l’un de Nouvelle-Zélande, l’autre d’Angleterre. À partir de là, des opérations de sabotage ou de guérilla seront exécutées contre les troupes d’occupation en déplacement, comme à Serverette le 4 juillet, où Jacquemont sera tué, le 7 juillet à la gare de Belvezet, avec des blessés du côté allemand, et le 18 juillet lors de l’attaque d’un train ennemi à Pradelles, laquelle coûtera la vie à Paul Masclaux, à Alain Rieutort, à Pierre Parret (Élie) du Malzieu, ainsi qu’à Léo Landau (Martel) qui commandait le groupe de l’Aubrac où s’était implanté le maquis à partir du 6 juin.

"Finalement, tandis que de son côté le maquis du Vercors, fort de 3 500 volontaires, vient d’être anéanti, celui de la Haute-Lozère amorce un combat en éléments dispersés sur l’ensemble du département.

La libération de Mende

"Bien que la victoire semble désormais assurée, en raison du succès du débarquement allié en Normandie, l’évacuation des villes de garnison ne se fera pas sans difficultés. Dès les premiers jours du mois d’août, le PC des FFI, avec la mission interalliée du major néo-zélandais Bill et de l’Anglais MacDonald est transférée plus près de Mende, au Crouzet-de-Saint-Denis, où sont également rassemblés une partie des Arméniens ayant déserté l’armée allemande, le 4 juillet à Chambon-le-Château, et le 12 juillet à Langogne. Un dernier parachutage y sera réceptionné à la suite d’un message qui aurait pu s’avérer enfin significatif : "Les araignées cassent la croûte ce soir".

"Les événements se dérouleront alors assez rapidement. Le 5 août, jour de l’attaque d’un convoi de ravitaillement à la Baraque-de-Fumas, sur la route nationale 106, avec des pertes allemandes signalées par la BBC (British Broadcasting Corporation), l’important armement d’un corps franc avec tout son équipement est plastiqué au Charzel, près de Saint-Alban, désorganisant ainsi le projet d’encerclement de la division de Mende.

"Le 11 août à 11 heures, une colonne allemande qui se dirige vers Mende en provenance du Cantal, livre à Saint-Amans un combat inégal avec le capitaine Yves Dessaux, de la valeureuse 9e compagnie du mont Mouchet, laquelle, sur les crêtes des Roches, avait arrêté le 10 juin le deuxième assaut…"

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Recherche du rapport établi sur la mission interalliée de juillet-août 1944 au Sauvage, commune de Chanaleilles (Haute-Loire) et au Crouzet, commune de Saint-Denis-en-Margeride (Lozère)

François Delmas

Votre lettre à l'ambassade d'Angleterre à Paris nous est parvenue en bonne et due forme. Depuis je suis en mesure de répondre à des questions concernant les "Special Operations Executives" (SOE) à partir d'archives du SOE.

Je peux tout d'abord dire qu'il y a peu de documents restant des archives du SOE, à propos des missions interalliées qui étaient envoyées de France en Algérie. C'est parce que la plupart des enregistrements algériens furent détruits à la fin de la guerre. Je n'ai pu trouver aucun reportage qui décrive les activités opérationnelles de la mission passée au Crouzet de Saint-Denis du début août 44. Je n'ai découvert aucun renseignement non plus sur le docteur Lernout, Mme François DELMAS ou le capitaine Yves Desault.

Travaillant sur ceux nommés dans votre lettre cependant j'ai été en mesure de faire quelques progrès.

Le capitaine Alastair MacDonald, officier de liaison anglais travaillant pour le SOE a été lâché en parachute à Tandem (Ardèche) le 31 juillet / 1er août 44. Sa mission appelée "Pallium" fut d'agir comme officier de liaison entre "Isotherme", délégué militaire zone Sud / Sud-Oust, et les diverses missions des alliés opérant dans la région sous son contrôle.

Le capitaine MacDonald se transféra de Lozère pour contacter Isotherme et fut à Saint-Denis le 17 août, à Marvejols le 18 et au Crouzet le 19 août. Il prit contact avec Isotherme le 18 août et "Isotrope", dirigeant d'une autre mission interalliée qui fut à Collet-de-Dèze le 20 août. Il devint assistant d'Isotherme. Le capitaine (plus tard major), MacDonald fut parachuté plus tard au nord de l'Italie. Il survécut à la guerre mais mourut en 1995.

Isotherme était le colonel Lorenz, Frédéric, Guy Vivier, OBE, officier de l'armée française né le 23 juillet 1903 à Angers. Il fut parachuté en France le 9 juin 1944 comme officier de liaison, comme assistant au délégué militaire de la zone Sud / Sud-Ouest et devint plus tard délégué. Son adresse en France en 1944 fut la Villa de Ségur à Paris 7e où vivait sa mère. Il n'était pas marié.

Isotrope était le commandant Jean Albert Baldensperger né le 22 mai 1908 à Caluire, officier de l'armée française depuis 1928 qui a servi au Maroc et en Indochine et fut en poste en Algérie en janvier 1944. Il était marié et avait deux enfants. L'adresse de sa famille était Lussan dans le Gard en 44. Il utilisa le pseudonyme de Jean Ballous. Il fut parachuté dans l'Aveyron le 9 juin 1944 avec un assistant anglais (Major Hamson), et leur mission était d'assister le délégué militaire en organisant le maquis de Lozère.

Pierre Alexandre Léon Fournier, né le 20 décembre 1921 à Paris, fut opérateur radio du Bataillon de choc qui fut parachuté en Lozère le 28-29 juin 1944 pour rejoindre Isotherme. Le "capitaine Bill" que je n'ai pas été en mesure d'identifier, fut parachuté avec lui, et eut la jambe fracturée en atterrissant. En 1944 Fournier donna son adresse et celle de ses parents : 16, rue Claude Decaen, Paris 12e.

Je ne sais pas si Vivier, Baldensperger ou Fournier sont encore vivants, et non plus s'ils sont à la même adresse qu'ils donnaient en 1944.

J'espère que ces informations seront utiles pour vous.

Duncan Stuart
SOE Adviser


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