L'Ordre de la Libération

Le 16 novembre 1940, le général de Gaulle créait l'Ordre de la Libération à Brazzaville. Il définissait le cadre de son attribution : "récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées dans l'œuvre de la libération de la France et de son empire".

La croix de la Libération figure un écu de bronze rectangulaire portant un glaive surchargé de la croix de Lorraine, portant au revers la devise "Patriam servando victoriam tulit" (En servant la patrie, il a remporté la victoire). Le ruban de la décoration, au noir du deuil et au vert de l'espérance, résumait sa vision de la France. Le ruban fut de deux types. Le premier de couleur vert clair avec des bandes noires placées en diagonale, fut attribué jusqu'en 1941. Le second, devenu réglementaire, est d'un vert moiré avec bandes noires verticales. Sur ordre du général de Gaulle, la maquette de l'insigne fut réalisée par la maison Cartier à Londres.

La remise de la croix se faisait au cours d'une prise d'armes. Le membre de l'Ordre remettait l'insigne en prononçant les paroles suivantes : "Nous vous reconnaissons comme notre compagnon pour la libération de la France dans l'honneur et par la victoire".

Le général de Gaulle, fondateur de l'Ordre en restera le seul grand maître. Le collier de l'Ordre de la Libération s'inspire du collier de l'Ordre de Saint Michel. Il fut réalisé par l'orfèvre Gilbert Poillerat et fut remis au général de Gaulle le 13 août 1947.

Le général de Gaulle écrivait dans sa préface au Mémorial des compagnons de la Libération : "Soldats tombés dans les déserts, les montagnes ou les plaines, marins noyés que berceront pour toujours les vagues de l'océan, aviateurs précipités du ciel pour être brisés sur la terre, combattants de la Résistance tués aux maquis et aux poteaux d'exécution : vous tous qui à votre dernier souffle avez mêlé le nom de la France, c'est vous qui avez exalté les courages, sanctifié l'effort, cimenté les résolutions...".

1036 croix seront décernées à des civils et militaires, jusqu'au 23 janvier 1946, date de cessation d'attribution de cette très haute distinction. Parmi eux, 238 furent nommés à titre posthume et 105, alors qu'ils étaient déjà compagnons de la Libération, sont morts pour la France. À deux reprises, l'Ordre sera exceptionnellement ouvert de nouveau par le général de Gaulle qui attribuera la croix de la Libération à Winston Churchill (1958) et au roi George VI (1960).

La croix a été également attribuée à cinq villes : Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors et l'île de Sein, ainsi qu'à dix-huit unités combattantes appartenant aux trois armes.

L'Ordre, cette "chevalerie exceptionnelle créée au moment le plus grave de l'histoire de la France, fidèle à elle-même, solidaire dans le sacrifice et dans la lutte", s'éteindra avec la disparition du dernier compagnon. Une place vide l'attend dans la crypte du mont Valérien, haut lieu de la Résistance. "Dans le silence, le dernier compagnon retrouvera le premier compagnon. Et avant que l'éternelle histoire se mêle à l'éternel oubli, l'ombre étroite qui s'allongera lentement sur la France aura encore la forme d'une épée" (André Malraux).

On ne dira jamais assez la somme d'abnégation et de sacrifices qu'il aura fallu pour amener notre pays dans le camp des vainqueurs.

M. Jacques Chirac, Président de la République, vient de transmettre cette haute fonction de chancelier de l'Ordre de la Libération au général Alain de Boissieu, le général Jean Simon quittant celle-ci après tant d'années d'un dévouement exemplaire.


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