Robert Sheppard, authentique combattant
Membre des Amitiés de la Résistance

Au revoir d’amitié de Paul le Caër à son complice Bob Sheppard
Avec une pensée d’Yves Guillin

À Lucette, ses fils, sa fille et ses petits-enfants, au crématoorium de Caen, le 24 septembre 2002

Un poème de Léopold Sedar Senghor commence :
"Qui pourra vous chanter, si ce n'est votre frère d'arme, votre frère de sang"

Bob, la cohorte de tes compagnons survivants apporte à Lucette, entourée de sa famille, le témoignage de leur ineffable douleur commune.

Qu'il me soit permis de perdurer votre tristesse en insistant sur les qualités de fraternité exceptionnelle que Bob dispensait à chacune de ses rencontres avec les hommes ou les femmes engagés dans ce chemin, épris du même idéal de liberté et de fraternité !

Grand inquisiteur du système concentrationnaire nazi, sa parfaite connaissance de ces lieux le porte à accepter le sommet des responsabilités internationales.

Bob, tu n'as jamais oublié tes compagnons disparus dans les cendres de notre Histoire, tu as œuvré pour leur rendre, même tardivement, le suprême hommage de la Nation.

Maintenant, Bob, attends-nous, avec ton éternel sourire, pour nous accueillir dans l'au-delà, mais non loin de toi, notre frère !

Le 16 octobre 1941

Sur le rapport adressé à l'ambassadeur de Brinon, par les préfets des territoires occupés, souvent à la suite des investigations de la gendarmerie, il est à remarquer que certains faits réels sont souvent minimisés volontairement.

Par exemple dans cette affaire :

Claude Lemarchand était avec moi élève au lycée Malherbe de Caen en troisième en 1940. Pendant la débâcle, il s'est rendu à bicyclette à Thury-Harcourt, chez son oncle et tuteur médecin et maire de Thury-Harcourt, de plus conseiller général du Calvados.

Claude habitait chez sa tante, Madame Lemarchand, institutrice, habitant sur le boulevard Leroy à Caen.

Devant l'avance allemande, en juin 1940, Claude part se réfugier en bicyclette à Thury-Harcourt, sur les conseils de sa tante. Chemin faisant, il aperçoit dans un fossé des armes abandonnées par les soldats français.

En octobre 1940, il ne rentre pas au lycée, mais suit des cours par correspondance pour devenir assistant de cinéma, sa passion.

En août 1941, nous partons à cinq camarades à bicyclette, pour travailler dans une ferme en Bretagne, près de Lanvollon, où habite ma famille. Dans cette ferme nous faisons tous les gros travaux, les hommes étant prisonniers de guerre. Nous en profitons pour créer un petit maquis, pour redonner le moral aux habitants. Nous sommes arrêtés sur une plage pour avoir tracé des messages aux aviateurs anglais avec des cailloux, mais sans suite !

Pendant les rares moments d'inactivités nous faisons le projet de remonter la mitrailleuse lourde (Hotchkiss) pour la remettre en état de marche. Nous possédions aussi sept fusils de guerre Lebel et des munitions en grand nombre.

Claude Lemarchand, né en 1923, sera arrêté le 16 octobre 1941 au cours du transport de ces armes, dénoncé par le traître français du nom de Brice.

Claude sera jugé par un tribunal militaire allemand, lequel le condamnera à huit années de forteresse. Début 1942, il fut déporté en Allemagne. Claude, dit Midas, meurt de tuberculose en 1943 dans une forteresse en Allemagne. Son corps est enterré anonymement mais, après la fin de la guerre, le prêtre allemand qui l'assista dans son agonie, écrira à sa tante pour que le corps soit identifié et rendu à la famille, à Caen.

Actuellement, ses restes sont dans le carré du "Souvenir français" au cimetière Saint-Gabriel de Caen.

Son dénonciateur ne sera pas poursuivi, bien que retrouvé capitaine des FFI à Bordeaux. Il sera tué en Algérie en 1962.

Pierre Coadou est né en 1926, il est arrêté le même jour, jugé par le même tribunal militaire allemand. Il est condamné à sept années de forteresse, puis déporté en Allemagne en 1942, dans une forteresse allemande pour les jeunes, en regard de ses 16 ans. Il reviendra en 1945 mais avec une santé défaillante.

Les deux derniers complices se rencontraient assez souvent et toujours avec la joie du souvenir de notre trésor !

Il meurt prématurément au cours d'une intervention chirurgicale à Caen, en 1985.

Le compagnon survivant de ces jeunes lycéens de Caen,
Paul Le Caër, membre des Amitiés de la Résistance

J’apprends par Le Figaro le décès de mon grand ami, Robert Sheppard, ancien du SOE, déporté à Dachau. Bob avait su garder à la fois les qualités britanniques et françaises. Nous appartenons à une génération qui nous fait redouter de consulter les annonces de décès depuis quelques années.

Dr Yves Guillin


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