Le Général Gabriel Cochet

Oui, moins de trois mois après l'armistice de Pétain, le 6 septembre 1940, le général Gabriel Cochet, en France, signait cette solennelle mise en garde, aussitôt répandue par ses premiers fidèles comme une traînée de poudre. Une réponse "officielle" à l'appel du général de Gaulle. La première.

Qui était ce général au prénom prédestiné ?

Un militaire, certes, ayant combattu de 14 à 18. Lieutenant d'artillerie au début de la 1e guerre mondiale, il passe dans l'aviation en 1915, et, en 1917, commande l'aéronautique de la 2e armée roumaine. Nommé général de brigade en 1939, la défaite, pour lui, est un véritable coup de poignard dans le dos. Sa nature ardente ne pouvait pas ne pas réagir brutalement. Il se devait de devenir une espèce de pôle d'attraction pour les résistants en herbe, qui se cherchent.

Ils viennent à lui, puisqu'il ne se cache pas, distribuent ses messages, portent de bouche à oreille la bonne parole. Un Réseau Cochet se forme avec les généraux Dufrénois, Roger Lazard, Robert Gaujour, Léopold Cochet son frère et ses deux sœurs Marianne et Christiane, les Jean Nocher, Rémy Roure, Robert Poulaine...

Les foudres de Vichy sont vite attirées par ce paratonnerre d'un genre inusité. On ne peut le classer parmi les "subversifs" qui font du renseignement ou de l'action, qui sont "complices" de Londres. Cochet ne fait que prêcher la France. Alors on ne le juge pas, on le paralyse en l'internant le 21 juin 1941 à Vals-les-Bains à l'hôtel-prison de la Châtaigneraie, où il retrouve Paul Reynaud, Georges Mandel, quelques autres qui s'y trouvent aussi.

L'évasion

Remis en liberté, le général recommence, mais clandestinement. Trahi, il réintègre Vals-les-Bains, manu militari, le 6 septembre 1942.

Maintenant il a compris qu'il n'en sortira plus que seul et il demande à sa chère sœur, Marianne Cochet, de lui procurer du matériel d'évasion : scies et cordes. Ce qu'elle fait.

Le commandant Léon Faye, de l'armée de l'air, l'un des chefs du Réseau Alliance, interné, lui aussi, à Vals-les-Bains depuis novembre, s'occupera des dispositions matérielles (scier les barreaux, amarrer et déployer la corde), sa propre sœur, Nine Lemasson, organisant avec le réseau, la prise en charge des fugitifs par des agents postés aux alentours de l'hôtel, dans une automobile...

L'évasion réussit, le 23 novembre 1942. Cochet fait l'admiration des agents par sa bravoure lors de sa descente en vrille le long de la corde, tendue depuis le premier étage par-dessus le mur d'enceinte. Faye et lui gagnent Ussel, chez Jean Vinzant, un PC du Réseau Alliance, où Cochet peut reprendre haleine, contacter ses fidèles, comme René Nouguès, Gaujour, et faire son testament de départ.

Car il a résolu de joindre la France libre, estimant son rôle en France occupée terminé, âprement recherché comme il l'est. Il ne voulut pas attendre qu'une place dans un Lysander fût disponible pour lui et céda le passage à Claude Hettier de Boislambert, évadé lui aussi et dont la tête était mise à prix. Alors, Marie-Madeleine Fourcade lui organisa un passage des Pyrénées, qu'il franchit sous une identité de pilote canadien, tombé en France en parachute, avec comme compagnon de route et assistant, le tout jeune Jean-Claude Brouillet ("L'avion du blanc"), un futur pilote.

Les Pyrénées

Celui-ci a souvent raconté quel martyr fut pour le général cette traversée par un temps glacial. Il crut le perdre dans les neiges à plusieurs reprises. Mais Cochet, malgré ses 55 ans, tenait bon. Encore svelte et mince, comme il devait le rester jusqu'à sa fin dernière, l'âme plus que jamais chevillée au corps, Cochet parvint à Alger, puis à Londres. Le général de Gaulle l'avait nommé en septembre 1943 chef de l'État-major "F" pour préparer l'action clandestine en rapport avec le futur débarquement, puis, le 28 mars 1944, délégué militaire du Comité français de libération nationale (C.F.L.N.) pour le théâtre d'opérations Sud. Il y gagna sa médaille militaire.

Il est permis de croire qu'après tous ces exploits, Gabriel Cochet s'orienterait doucement vers une retraite dorée. Que l'on relise attentivement le Manifeste. L'homme qui ne s'était pas laissé prendre aux apparences trompeuses de l'armistice et de la collaboration, ne pouvait se laisser duper par les résurgences du nazisme et du fascisme, ni ignorer le danger que cela représentait pour la France.

Le 16 mars 1948, il fonde le Comité d'action de la Résistance et le serment à la Résistance fut son nouveau message.

Oui, nous Résistants, devons beaucoup au général Cochet, l'un des tous premiers animateurs de la Résistance française, l'un des grands chefs de l'armée de la revanche, l'un des pionniers, sans doute le plus grand de l'action post-résistance, dont nous sommes fiers d'être restés la voix.

Il est parti ignoré. D'abord traumatisé par la mort de sa sœur, il ne supporta pas la douleur que lui causa la mort de sa femme, Florika, la jolie Roumaine, auprès de laquelle nous l'avons conduit au cimetière de Neuilly, le 17 décembre 1973.

La télévision refusa d'insérer l'événement dans ses programmes. Elle doit préférer les aventures de Papillon l'ex-bagnard, ou celles de quelque gracieuse aventurière du polochon. Ô grandeur et servitude militaires ! Nul mieux que Gabriel Cochet n'a su illustrer la voix de la Résistance. N'oublions pas sa leçon, et le Comité d'action de la Résistance demande que le nom d'une avenue de Paris soit donné à son fondateur : le général Gabriel Cochet.


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