La Résistance en Touraine et dans la Sarthe
Jean-Roger Dubois - M. et Mme Auduc - Gaston Papin

Dans la nuit du 14 au 15 avril 1943, sur le terrain "Bronchite" DZ, ainsi désigné pour parachutages et atterrissages clandestins, situé à 3 km N/NE d'Amboise, soit à Pocé-sur-Cisse, vaste prairie, atterrissent successivement deux Lysanders, sous la direction d'Henri Dericourt, de la Section française de SOE Buckmaster.

Le premier pilote, le lieutenant Vaughan-Fowler atterrit aisément. Débarquent de l'appareil Chartrand et Liewer, à bord monte Marcel Clech.

Le deuxième avion, aux commandes duquel se trouve le capitaine Mc Cairns, accroche, dans sa descente vers le sol, un jeune peuplier. Le pilote endommage sérieusement son appareil. Il reprend sa position de départ. Mc Cairns exprime sa colère à Dericourt, estimant que celui-ci n'a pas respecté les règles de sécurité. Les passagers Jean-Roger Dubois et Frager sont fortement perturbés et manifestent leur mécontentement. Mais le temps presse, l'avion reprend l'air.

Sous la conduite de Clément, vieil ami de Dericourt, Liewer et Chartrand gagnent la gare d'Amboise pour rejoindre la capitale. Frager et Dubois, accompagnés de Dericourt, s'en vont à bicyclette vers Tours, le trio se sépare, Dericourt s'éloigne, car de nouvelles tâches l'attendent. Frager et Dubois sont accueillis chez Mme Meneau, belle-mère de Dubois, économe de l'école primaire supérieure, rue des Ursulines. Un repas substantiel leur est servi, puis un café, quand retentit soudainement un impérieux coup de sonnette. Ce sont des Allemands chargés de veiller à ce que les livres utilisés par les écoliers français soient conformes et agréés par les autorités d'occupation et ne présentent pas de propos hostiles aux Allemands.

L'alerte a été chaude. Les nouveaux arrivés se sont réfugiés au fond de la cour dans un appentis. Dubois estime qu'il s'agit là d'une fausse alerte. Frager, plus méfiant, nourrit quelques soupçons de trahison envers Dericourt. Quoi qu'il en soit, voici Jean-Roger Dubois au cœur de la Touraine, au service de la section F. Buckmaster SOE.

Jean-Roger Dubois n'est pas un inconnu en Touraine. Il est le gendre de Mme Meneau, fonctionnaire à l'EPS, laquelle participe au groupe de réflexion du père de la Perraudière, du père de Solages, d'Anne-Marie Marteau, professeur de mathématiques à l'EPS, de l'instituteur Marcel Ballon, de Pierre Archambault et de Jean Meunier.

L'activité généreuse de Mme Meneau depuis le début des hostilités n'a cessé de croître et est fort appréciée. Dans Les Hommes partis de rien, René Cassin rend hommage à son courage et à son dévouement. Lors de l'exode de juin 1940, elle accueillit sous son toit la famille Cassin migrant vers le Sud. C'est dire les sentiments patriotiques très forts de Mme Meneau, qui n'avait pas accepté l'occupation de son pays.

Jean-Roger Dubois avait servi en 1939-1940 comme radio dans l'armée française.

C'est Robert Flower ("Gaspard"), ancien de la RAF, parachuté à la fin du mois de juin 1942, qui fit connaissance, dans un hôtel du Mans, avec Jean-Roger Dubois et qui l'invita à "travailler" pour le réseau Buckmaster.

Avant son départ pour Londres, où il subit un stage d'entraînement aux techniques modernes de transmission et de codage, il avait déjà fait ses preuves sur le terrain. Nous en avons confirmation en consultant d'une part le SOE Bricklayer n°3, les archives CHG, les ADI et le fonds Robert Vivier, d'une part, les dossiers CVR de Jean-Roger Dubois et de Marcelle, son épouse, et celui de Léon Cadiou. Nous avons noté leur présence sur le terrain à 8 km N/E de Chambord et 6,5 km O/N-O de La Ferté, le 18 novembre 1942, lors du parachutage du commandant britannique J.A.F. Anselme (Renard, Antoine, Athos).

Ce dernier fut reçu par M. et Mme Dubois, par M. Cadiou et Armel Guern (Gaspard, du réseau Carte) en une villa d'Artannes, villa Toquade, louée par le War Office, qui sera utilisée par Dubois pendant sa longue errance à travers l'Indre-et-Loire, la Sarthe et la région parisienne. À signaler également, fin octobre 1942, sans qu'il nous soit possible d'en préciser la date, qu'il y eut un parachutage d'armes et de munitions sur le terrain de la Crèpellière, commune de Sache, et à l'est de Villaines-les-Rochers.

Sur le terrain, l'équipe de réception au sol était dirigée par Libot de la Rochelle. Dans cette équipe figuraient Gaston Place, de Druye, Lucien Gentilhomme, Georges Oudin et Léon Cadiou, tous les trois de Sache. Les armes avaient été enterrées par Cadiou. Selon un rapport de la gendarmerie d'Azay-le-Rideau (en date de 1951), la gendarmerie avait été informée de l'existence d'un dépôt d'armes clandestin, mais n'avait entrepris aucune investigation à ce sujet.

Sur ce même terrain, en 1943, il y eut à nouveau un parachutage, les armes furent encore cachées par Cadiou.

Le liquidateur du réseau Hercule Buckmaster (Hercule est le pseudonyme porté par Jean-Roger Dubois dans la clandestinité), Gaston Papin, les fiches CVR font état de l'appartenance de Léon Paul Cadiou et de son épouse Camille Cadiou, née Normand, au réseau Hercule Buckmaster. Ces derniers, accusés d'intelligence avec l'ennemi, furent arrêtés en janvier 1944 et déportés.

Gaston Papin signale par ailleurs que Jean-Roger Dubois fut contacté par le capitaine Michaël Alfred Trotobas (alias Michel ou Sylvestre), parachuté dans la nuit du 17/18 novembre 1942 au S-O de Paris.

Tous ces faits mentionnés soulignent la très grande efficacité de Dubois, avant même son départ en Angleterre et son engagement précoce dans la Résistance. Il jouissait donc d'une certaine expérience. Sa valeur, son courage, sa ténacité à entreprendre étaient ses qualités premières.

Après son arrivée en Touraine, Dubois passa quelques jours dans sa famille, mais les contacts avec Londres étaient de plus en plus aléatoires et même dangereux à Tours. Les Allemands faisaient circuler de nombreuses voitures équipées de gonio pour repérer émissions et réceptions de Londres.

Dans ces conditions, Jean Meunier, responsable du réseau CND Castille, invite alors Gaston Papin à aider Jean-Roger Dubois dans sa recherche d'un abri sûr, d'une retraite pour lui permettre d'entrer en relations radiophoniques avec Londres. Meunier a bien précisé à Gaston Papin que, malgré l'interdiction de Rémy, chef du réseau CND Castille, de prendre contact avec un réseau anglais, il convenait toutefois de secourir Dubois, agent français, dont la famille était connue de Meunier.

Gaston Papin possédait une camionnette à gazogène, un laissez-passer permettant de circuler pour raison commerciale. Il prit en charge Hercule avec sa radio et sa bicyclette et le conduisit à Artigny, près d'Amboise, chez un viticulteur du nom de Mulo. Connu de Gaston Papin au club d'aviation civile et d'aviation populaire, dont Papin était président, Mulo, sollicité par Papin, accepta de donner asile à Dubois pour ses émissions vers Londres. Mulo était une excellente recrue pour la Résistance. Il avait récupéré et caché des armes de guerre abandonnées par les soldats fuyant l'ennemi pendant la débâcle de juin 1940 dans une cave, La Salandière.

Dès lors, Dubois-Hercule envoie régulièrement des messages pour Buckmaster dans le grenier de Mulo. Jean-Roger Dubois était venu comme opérateur radio de Frager, mais ce dernier se fit fort de créer un réseau plus vaste que celui de Carte, son champ d'action se situait aux environs d'Auxerre, entre Paris et Dijon, mais il était trop étendu, puisque Frager se rendait également en Normandie et jusqu'à Nantes parfois. Le défaut, qui n'était pas le moindre, c'est que Donkeyman, nom donné au réseau, ne disposait pas d'un radio.

Dubois, en effet, dont la compétence avait été reconnue à Londres, qui par ailleurs disposait d'une équipe en Touraine, fut autorisé à créer son propre réseau. Ce fut le réseau "Lighterman".

Après son installation chez Mulo à Artigny, il s'empressa de trouver d'autres lieux possibles d'émission. C'est ainsi qu'il fut hébergé chez Mme Rigatte, institutrice à Artigny. L'école présentait une entrée et une sortie, ce qui permettait de ne pas trop attirer l'attention. Mme Rigatte fut mise à contribution, elle ne ménagea pas sa peine pour servir la Résistance. Utilisée comme agent de liaison, elle hébergea non seulement le radio Hercule, mais reçut à plusieurs reprises des agents parachutés. Bref, elle était considérée comme "Émissions, sécurité, courrier". Lourde tâche ! Dangereuse entreprise dont elle accepta tous les risques ! Elle sut à temps prévenir ses amis des menaces qui se présentèrent sur sa route. Mulo assurait les liaisons entre Papin et Dubois.

Lighterman prit de l'ampleur. Hercule disposait de nombreuses boites aux lettres, à savoir :

Hercule avait cherché à étendre sa toile d'araignée vers Romorantin. Il avait échappé de justesse à la Gestapo. Aussi se déplaçait-il sans cesse, tantôt résidant en Indre-et-Loire, tantôt dans la Sarthe, tantôt dans la région parisienne.

Jean-Roger Dubois avait constitué ce groupe de résistance Lighterman dans le cadre du réseau Buckmaster. Il avait pour but de collecter des renseignements militaires, de constituer des groupes armés en vue de la future insurrection prévue lors du débarquement, de saboter les installations ennemies, de paralyser la circulation ferroviaire, bref d'entraver au maximum, par quelque moyen que ce soit, l'activité de l'armée allemande et de plus assurer des contacts réguliers avec Londres.

Examinons successivement, d'une part, l'activité de Jean-Roger Dubois concernant les parachutages et atterrissages clandestins, d'autre part. son activité comme "pianiste".

Activité intéressant les parachutages d'armes

Gaston Papin avait été sollicité par Théophane Vénien, ingénieur à la ville de Tours, adjoint à la Défense passive du colonel Marnet, pour obtenir des armes afin d'armer les jeunes hommes qui voulaient se soustraire au Service du travail obligatoire. Il s'empressa de transmettre la demande à Jean-Roger Dubois qui lui promit son concours.

Contact pris avec Londres, terrain désigné par Mulo, toutes conditions de sécurité et de bon déroulement de l'opération prises, c'est le 16 juin 1943 qu'eut lieu un parachutage d'armes au lieu dit "Les Portes de Fer" situé à la limite des communes de Mosnes, de Souvigny et de Chargé Artigny. Le message personnel fut bien perçu : "Trois orfèvres chez un bon bourgeois".

Empruntons à Gaston Papin le récit de ce parachutage : "Il avait été établi que le terrain sis à proximité du Bois Feuillet et des Closeaux, près de la route D 80 serait balisé avec des lampes électriques à pile. Assistait à ce parachutage une équipe de Tours : Albert Carraz, Gabriel Feuillet, le commandant Chaillou, Jean Meunier et Gaston Papin, qui les transporta de Tours à Artigny dans sa camionnette à gazogène jusqu'à la cave de Mulo, située au bord de la Loire, la fameuse cave citée précédemment, assez grande pour y entrer un véhicule et où était caché un stock de fusils de guerre".

Ils arrivèrent avant le couvre-feu, il leur fallut attendre jusqu'à minuit moins vingt avant de partir vers le terrain d'atterrissage dans la camionnette du mécanicien garagiste Monteau, d'Amboise, qui était venu les chercher à la cave. Monteau faisait partie de l'équipe Mulo, qui comprenait Hercule, Désiré Marteau, Henri Colin, Gaston Duveau. Il possédait une camionnette à essence bien plus silencieuse que le gazogène de Papin et il était également pourvu d'un ausweis.

Il parut préférable de laisser le gazo à la cave et d'aller sur le terrain avec la voiture de Monteau.

À minuit donc, toute l'équipe est en place, les lampes électriques disposées en T sur le terrain comme convenu. L'avion Halifax, après un premier passage, fit demi-tour pour lâcher au deuxième passage six containers, dont le poids était si lourd que deux hommes furent nécessaires pour transporter un seul container jusqu'à la camionnette.

Le ramassage des containers et des parachutes s'est fait à une vitesse grand V et l'équipe d'Amboise s'est chargée de cacher les armes dans une ferme abandonnée : un container seulement a été déballé. L'équipe de Tours a regagné la cave de Mulo pour attendre la levée du couvre-feu à cinq heures du matin et prendre la route conduisant 14 rue d'Entraigues au domicile de Gaston Papin pour le partage des armes et des cigarettes, chocolat, café récupérés dans le container destiné à la première distribution. Inutile de dire que grâce à la cachette exécutée sous le plancher de la camionnette, tous les barrages furent passés sans encombre. Dans l'appartement de G. Papin, les dames Meunier, Chaillou et Carraz très inquiètes n'avaient pas dormi. Elles préparèrent un copieux petit déjeuner avec le café moulu anglais parachuté.

Après ce parachutage, G. Papin est allé plusieurs fois porter des messages importants pour Londres concernant l'activité de l'aviation allemande et le camp de Parçay-Meslay, renseignements fournis par Albert Carraz.

Il convient de signaler que ce même appareil Halifax avait parachuté in the fields, dans le sud de la Touraine, pendant la même nuit, deux hommes, à savoir le lieutenant anglais Reeve (Olivier) et le lieutenant Floëge, près d'Azay-le-Rideau, dont nous parlerons par la suite.

Le 20 juin 1943, un deuxième parachutage sur le même terrain, annoncé par le message : "Ce sera bientôt la saison des prunes", fut également un succès; toutefois, l'avion avait hésité, intrigué par un foyer lumineux non loin du terrain protégé par les arbres. Ce soir-là, en effet, un bal avait lieu au château du Feuillet.

Il n'y eut ni parachutage en juillet, ni en août.

En septembre, sur le terrain de la Hargandière, près de Pocé-sur-Cisse, rive droite de la Loire, le parachutage se déroula sans difficulté, les armes furent transportées à Artigny.

En octobre, à cause d'une Flak allemande très présente et puissante, l'avion ne put survoler les côtes françaises.

Les armes étaient transportées, soit dans une camionnette, soit sur la charrette du fermier de l'Ours, commune de Mosnes, soit même sur la remorque d'une bicyclette et étaient entreposées dans une maison délabrée située à la Salandière au croisement des routes de Souvigny, et d'Artigny, là même où Mulo avait caché les armes récupérées dans les champs alentour, armes abandonnées par les Français lors de la débâcle.

Dans la Sarthe, à Chenu, en juin, deux parachutages sont effectués par Auduc, Hercule, Mme Baron et M. et Mme Boutard. Les containers sont stockés chez M. Moneris, instituteur à Coulongé. Le 20 juillet 1943, à Foulletourte où habite la mère d'Alfred Auduc, au lieu dit La Bouguelière (Sarthe), quinze containers sont largués.

Les 4-5 février 1944, ce sont deux postes radio et trois millions de francs qui sont parachutés. Une équipe d'anciens combattants et de jeunes étudiants du Prytanée de La Flèche est constituée avec Guy Jarry comme chef de groupe pour procéder à d'autres parachutages et à des sabotages.

Hercule s'installe à Foulletourte chez l'abbé Lelièvre, curé de la localité, ensuite chez Auduc au Mans et enfin chez Mme Auduc mère, à La Bouguelière.

Il n'interrompt pas pour autant ses voyages à Artigny et à Chenu.

Jean-Roger Dubois, opérateur radio

Il n'est pas seulement le pianiste de son groupe de Résistance "Lighterman", mais aussi le radio opérateur pour le groupe de Trotobas, de Floëge, de Frager et de Robert Benoist.

Nous avons signalé précédemment le parachutage du 13 juin 1943 par Halifax de deux hommes : l'un est anglais, l'autre américain.

Le premier est le lieutenant François William Michael Reeve (Olivier). Il est l'assistant désigné pour rejoindre Michael Alfred Trotobas, chargé d'organiser la Résistance dans le Nord industriel.

Ce dernier ne dispose que d'un opérateur radio du nom de Staag, encore celui-ci s'avère-t-il incapable d'obtenir des contacts avec Londres, si bien que la venue d'Olivier le réjouit, mais il est déçu d'apprendre qu'Olivier est un instructeur saboteur et non un radio. Aussi continue-t-il à faire appel au service de Jean-Roger Dubois.

Olivier ou Reeve avait perdu sa valise, il attendit l'envoi d'un nouvel approvisionnement qui lui fut parachuté très vite pour répondre à la demande de Dubois.

Trotobas et Reeve réalisèrent d'importants sabotages dans le Nord et Reeve (Olivier) s'employa auprès du groupe de Résistance d'Hercule pour l'instruire dans l'art du sabotage et du maniement des armes nouvellement reçues.

Quant à Floëge, le deuxième homme parachuté, il avait atteint le sol près d'Azay-le-Rideau. Il s'installe alors à Mée, près d'Angers, région qu'il connaît parfaitement, ayant exercé le métier de chef d'entreprise d'une agence de cars. Il comptait de nombreux amis très sûrs qui l'aidèrent à créer son réseau Sacristain. Dans Un petit bateau tout blanc, Floëge raconte son parachutage. Il atterrit dans les vignes et perd son coéquipier. Il marche longuement sur la route Azay-le-Rideau-Tours et, à 12 km de Tours, trouve un taxi qui le conduit jusqu'à Tours.

Quelle surprise de retrouver son camarade Émile chez Jean-Roger Dubois ou Hercule, "homme trapu, bien vêtu, l'air pressé".

Il apprend de ce dernier qu'il voyage beaucoup comme courtier d'une compagnie d'assurances.

Floëge et Hercule prennent rendez-vous pour se retrouver à l'hôtel de la Calandre, au Mans, hôtel dont les propriétaires sont des résistants.

Hercule est inquiet, un de ses agents de Romorantin a disparu. Floëge organise son propre réseau dans la région d'Angers, du Mans, de Nantes. Il loue une maison à Mée, il crée des équipes de parachutage, il reste en rapport avec Hercule qui assure les contacts avec Londres.

Floëge et Hercule sont sollicités pour réaliser l'évasion hors de France de trois aviateurs américains qui ont réussi à quitter leur forteresse volante en flammes et ont été recueillis par un fermier sarthois.

Dubois connaît une filière vers l'Espagne. Les trois aviateurs sont conduits à Poitiers et pris en charge par une nouvelle équipe. En août 1943, du 9 au 23, période de pleine lune, un parachutage a été demandé par Floëge à Londres par l'intermédiaire d'Hercule.

Floëge désirait avoir son propre opérateur radio, et détenir armes et explosifs. Le message fut transmis, Floëge attendit jusqu'à l'avant-dernier jour de la période. Il entendit l'annonce du parachutage : "J'ai perdu la lumière" et se rendit sur le terrain (Montreuil-le-Chétif). L'avion ne vint pas. C'est le lendemain que l'atterrissage eut lieu. Le lieutenant Bouchardon (Michel), opérateur radio se mit au travail et prit contact avec Londres.

Durant ce temps, Hercule, lors d'une rencontre avec Floëge, lui dit que son épouse à Saché avait reçu la visite d'un Allemand venu s'enquérir du lieu où se trouvait Hercule. Mme Dubois lui avait répondu qu'il était en voyage et ne rentrerait pas avant le 15 août.

Hercule est sans nouvelles de son épouse. Floëge lui procure un abri dans un petit pays près de Beaumont, puis chez le curé de Foulletourte.

Floëge avait réussi plusieurs parachutages sur le terrain de Montreuil, d'Angers, de Mée, et sur celui de La Roë. Son activité était grande. Mais il apprit un jour que M. et Mme Auduc, M. Brault, de l'hôtel de la Calandre, étaient arrêtés.

Le dernier parachutage qu'il réalisa à Neuvy faillit mal tourner. Les Allemands ne relâchaient pas leur pression, arrêtèrent le jeune Floëge, de même Bouchardon, le radio, fut arrêté mais réussit à échapper à ses gardiens, non sans avoir reçu une balle dans la poitrine.

Traqué, Floëge parvint à trouver refuge dans une maison amie, le miracle se produisit, il trouva Bouchardon blessé et tous deux prirent la route vers l'Espagne et rejoignirent Londres.

À noter la présence de Dubois dans le Bourgueillois.

Le groupe de Résistance de Saumur au sein duquel œuvrent conjointement Jean Decker, agent du CDN Castille, et René Marnot, du bataillon de la Mort, groupe créé par René Garrit dans le Bourgueillois, est décimé. Seul échappe à la rafle gestapiste René Marnot, alors dans l'impossibilité de communiquer avec Londres. Ce dernier s'adresse à Jean-Roger Dubois.

Nous voyons en 1943 René Marnot et un camarade venir à Chouzé-sur-Loire et parcourir le village pour s'assurer qu'aucune voiture suspecte n'est en vue. Tous les deux pénètrent dans une maison louée par Dubois, en passant par un jardin qui donne sur la Loire. Dubois émet alors vers Londres. Chaque jeudi se déroule la même histoire.

Dubois travaillait aussi pour Robert Benoist. Celui-ci, coureur automobile, fut contacté par Charles Grover Williams, lui-même coureur automobile, pour former un réseau de résistance "Chestnut".

Ce dernier avait reçu ordre de Baker Street de ne s'adresser qu'à un cercle d'amis personnels, dont il pût être sûr de leur bonne foi. Il fut accueilli dans la propriété de Benoist sise auprès de Paris. Chestnut s'implanta dans la région parisienne, mais fut décimé par la Gestapo et Benoist fut arrêté (4 août 1943). Pendant son transfert à l'avenue Foch, il réussit à fausser compagnie à ses gardiens et obtint de Dericourt d'être rapatrié en Angleterre, ce qui fut fait le 19-20 août 1943 par Hudson, opération Dyer sur le terrain d'Angers, à 1 km S/S-E de Sourcelles, terrain Achille (49). Par ce même avion, arrivait l'assistant de Floëge, Bouchardon.

À nouveau en France, le 20-21 octobre 1943, par l'opération Mate (Dericourt) sur le même terrain, R. Benoist est chargé de créer Clergyman avec mission de s'attaquer aux pylônes électriques de la région de Nantes et de saboter le réseau ferroviaire.

Il devait prendre contact avec Jean-Roger Dubois, mais l'arrestation de celui-ci, qui eut lieu quinze jours après son arrivée, le prive de toute communication avec Londres, il est dans l'impossibilité de se procurer munitions et explosifs pour réaliser ses opérations de sabotage.

Il ne peut trouver de terrains susceptibles d'être utilisés comme terrains de parachutages clandestins, la région qui environne Nantes étant très peuplée. Il ne réussit pas à établir de contacts pour l'aider, si bien qu'il décide d'abandonner Clergyman encore naissant et est rapatrié à Londres par les soins de Dericourt : opération Knacker, le 5 février 1944, commandant Rattcliff sur le même terrain d'Angers.

Mais le 2-3 mars 1944, lors de l'opération Labourer, à l'E/S-E de Chartres, à 1 km de Baudreville (28), il met pied sur le sol de France avec Denise Bloch, son opératrice radio. Il s'agit de redonner vie à Clergyman, soit de détruire les pylônes électriques transportant le courant des Pyrénées alimentant la région de Nantes, de saboter le réseau ferroviaire et de mettre en œuvre un système de protection du port de Nantes que les Allemands ne manqueraient pas de détruire au prochain débarquement.

En vue de récupérer quelques armes qui restaient depuis la disparition de Chestnut et de renouer contact avec quelques résistants qui comme Wimille avaient échappé à la Gestapo, Benoist et Denise Bloch revinrent dans sa propriété.

Malheureusement Benoist fut arrêté le 18 juin 1944, alors qu'il se rendait au chevet de sa mère mourante. La Gestapo, le jour suivant, fit irruption dans un autre château que possédait Benoist.

Mme Wimille et Denise Bloch furent arrêtées, Wimille se jeta de côté entre les voitures en stationnement, échappant ainsi aux sbires gestapistes, plongea dans une rivière proche, maintenant son nez hors de l'eau. Dès le départ des Allemands il rejoignit la rive.

Quelques semaines plus tard, Mme Wimille eut beaucoup de chance : elle se tenait dans un groupe en partance pour l'Allemagne, quand elle aperçut son cousin au volant d'une voiture. Elle s'éclipsa rapidement, monta dans la voiture qui démarra aussitôt.

Denise Bloch fut déportée et exécutée à Ravensbruck avec Violette Szabo et Lilan Rolfe (25 janvier 1945).

Au total, Hercule a non seulement travaillé pour son réseau personnel en tant que pianiste, mais a servi aussi nombreux autres réseaux. À une certaine époque, trois postes émetteurs fonctionnaient sous son contrôle.

Il a conduit de nombreux parachutages d'armes, il a fourni d'importants renseignements militaires et réalisé quelques sabotages. Une telle activité ne pouvait passer inaperçue, les Allemands le recherchaient activement.

Furent arrêtées début août 1943 Marcelle Dubois et sa mère, Mme Meneau.

Dés lors les arrestations se multiplient. Le groupe d'Amboise est disloqué, Mulo échappe à ses poursuivants et continue le combat. La Gestapo opère dans la Sarthe et arrête de nombreuses personnes. L'étau se resserre autour de Dubois, une longue traque est commencée. Il se réfugie en Touraine, non pas à La Salandière où Mulo lui avait aménagé un réduit refuge, mais chez M. Broca, marchand de tissus à Chinon, puis le voici à Montrouge chez M. Laudet. Seules Mme Rigatte et Mlle Stefani connaissent son adresse.

Capture

La situation dans le Nord-Ouest pour la Résistance ne cessait de s'aggraver, le réseau de Frager était fragilisé.

Les Allemands savaient qu'en plus de "Bastien" aux Essarts, un autre poste de radio remis à Hercule fonctionnait au Mans. Décision fut prise par les Allemands d'agir.

Baker Street à plusieurs reprises avait été informé par Paris que les émissions d'Hercule semblaient avoir été interceptées par le Funkhorchdienst. Aussi ordre avait été donné à Hercule d'interrompre ses émissions et de préparer un nouveau pick-up par Lysander.

Mais Kieffer veillait. Il envoya une section du SD, sous la conduite du SS Sturm Führer Scherrer et de son interprète Ernst Vogt pour se saisir du poste de radio d'Hercule. Selon les Britanniques, l'arrestation d'Hercule se fit dans une ferme sarthoise aux environs du Mans. Gaston Papin consulté et Mme Rigatte qui a témoigné dans Ambacia, affirment que Dubois avait trouvé refuge chez M. Laudet, un ami des Auduc à Montrouge.

Ces deux témoignages nous semblent plus probants que celui de SOE. Dubois n'avait plus de poste émetteur à sa disposition et avait pris rendez-vous avec Clech. Celui-ci, arrêté par les Allemands, ne put s'y rendre.

Selon SOE in France, on attribue l'arrestation de Dubois à l'imprudence d'un agent de liaison qui transportait sur le porte-bagages de sa bicyclette un poste radio émetteur et ce dernier, assistant à un match de football, se serait vanté à haute voix de ces faits. La police allemande aurait alors fait irruption au domicile de Dubois. En fait, Dubois était déjà recherché et les Allemands étaient parfaitement informés par leurs indicateurs et les révélations des résistants, arrachées sous la torture.

Si l'on consulte l'interrogatoire d'Hugo Bleicher, en date du 17-19 octobre 1945, par René Gouillard, commissaire de police à la DST, on peut noter que Bleicher déclare que Marcel Clech (Bastien) fut arrêté et qu'il donna l'adresse du radio Dubois (Hercule). Il confirme également le récit de la capture d'Hercule dans une demeure à Montrouge, 80, avenue Pétain.

Quoi qu'il en soit, l'équipe envoyée par Kieffer intervint un ou deux jours avant que ne soit réalisée l'opération pick-up prévue par Lysander. Il y eut échange de coups de feu. Scherrer fut tué, Vogt grièvement blessé. Les deux amis Dubois et Laudet furent finalement capturés. Laudet fut tué. Dubois, blessé à la poitrine, fut soigné et dirigé sur Paris, puis envoyé à Buchenwald (inside SOE Foot, p. 294).

Au camp de la mort : Buchenwald

Nous apprenons, lisant SOE in France, l'arrivée d'un groupe de trente-sept personnes à la tête duquel se trouve Yéo Thomas, au camp de Buchenwald, groupe venu de Compiègne, début septembre 1944. Après un voyage particulièrement long et pénible, ayant duré plusieurs jours, au cours duquel quelques-uns s'étaient débarrassés de leurs menottes et avaient tenté de fuir, le reste du groupe s'était opposé à leur départ. Il semblait, au tout début, tout au moins, qu'ils fussent mieux traités que la masse.

Quand le 16 septembre, quinze d'entre eux furent convoqués au bureau et parmi ceux ci Frager, Dubois, Georges Wilkinson, Barett, tous les autres estimèrent qu'ils étaient astreints à quelque formalité administrative. Les quinze ne revinrent pas. Ce sont les Polonais affectés à l'escouade du crématorium qu'ils connaissaient, qui, le jour suivant, enlevèrent leurs illusions aux survivants. Trois jours plus tard, un autre groupe de seize appelés disparut à son tour. L'impitoyable machine de mort ne cessa qu'à l'arrivée des Américains.

Conclusion

Sans doute ce compte rendu de l'activité de Jean-Roger Dubois est-il incomplet. Néanmoins, nous avons tenu à le dresser, en premier lieu pour honorer la mémoire de ce patriote courageux, secondairement pour éclairer une fois encore l'histoire de la Résistance en Touraine.

Jack et Thierry Vivier

Sources : Jean-Roger Dubois. Dernière lettre de Dubois à des amis, 20 mars 1944.

Témoignages
Gaston Papin, liquidateur du réseau Hercule Buckmaster
Mme Rigatte, dans Ambacia
Entretiens avec Mme Hochstein, née Dubois,

Ouvrages
Le Pays de Bourgueil, Robert Vivier, Imprimerie centrale de Touraine.
Un petit bateau tout blanc, Ernest Fred Floëge, alias Paul Frédéric Fontaine, Imprimerie commerciale Le Mans, 1963.
SOE in France, M.R.D., Foot Londres, 1966.
lnside SOE, E. H. Cookridge, Arthur Barker Limited, 1966.
Histoire de la Résistance. Henri Noguères, Robert Laffont, 1976.
Nous atterrissons de nuit, Hugues Verity, France-Empire, 1988.

Notes complémentaires
Mme Meneau était membre de l'Association des victimes de guerre. Son époux avait été grièvement blessé en 1914-1918.
Mme Dubois, née Meneau, était secrétaire médicale de la clinique Besson. Elle abandonna son métier à la demande du Dr Besson quand elle entra dans la Résistance. Mme Meneau et Mme Dubois ont été arrêtées le 13 août 1943. C'est en effet à la clinique Besson, où Robert Flower, blessé lors de son parachutage, avait été hospitalisé, qu'eut lieu le premier contact avec la famille Dubois. M. et Mme Dubois avaient loué un pied-à-terre à Saché, lieu où Mme Dubois fut arrêtée.

PS : À Cérans-Foulletourte a été érigé un monument Buckmaster très important : le Mémorial Buckmaster, inauguré le 18 juin 1967 par le colonel Buckmaster, en présence du commandant E. Floëge.


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