La Résistance en Touraine

Comme dans les autres régions de France, la Touraine a été présente dans la Résistance d'une façon très exemplaire. Nous pouvons citer Michel Debré, Pierre Archambault, Gaston Papin, Robert Vivier, Marc-André Vignon, et tant d'autres.

Vous trouverez dans ce numéro du Lien des textes concernant Pierre Archambault et Gaston Papin.

PIERRE ARCHAMBAULT
(Tours, 1912 - Tours, 1988)
Ancien membre des Amitiés de la Résistance

Commandeur sans statue, Pierre Archambault incarnait une Touraine éternelle, cité de la joie et de la foi.

Des psychologues contemporains vous expliqueront qu'on ne devient vraiment homme qu'en ayant "tué son père"... Pierre Archambault, lui, aurait aimé ressusciter le sien quand il le perdit à 13 ans des suites de la guerre de 14-18. Il était l'aîné de trois garçons et dut travailler très dur pour "se faire une place au soleil", comme il le disait en plaisantant.

Ses deux fils, François et Philippe, l'ont vu mourir alors qu'ils avaient déjà l'âge d'être grand-père. Mais ils auraient voulu le faire revivre longtemps, tellement le temps avait passé vite avec lui. Ils avaient des millions de mots à échanger et des milliers de pierres à ajouter à leur cité de joie et de foi.

Puisse ce témoignage aider à pérenniser sa mémoire et à faire aimer cet homme généreux et courageux à ceux qui ne l'ont pas connu !

Pour simplifier nous suggérons de rappeler que ce Tourangeau, journaliste et résistant, a merveilleusement réussi à concilier "une certaine idée de la France" et une idée certaine de la liberté.

Une certaine idée de la France

Né le 24 juin 1912 à Tours, où il est également mort le 9 septembre 1988, Pierre Archambault a, dès son plus jeune âge, cultivé sans le savoir la formule chère au général de Gaulle : "Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France".

Sans doute avait-il une vision concentrique de l'univers, mais toujours ouverte. Au centre, il y avait Tours, la ville des Turones luttant contre les Romains, le sanctuaire du légionnaire hongrois Saint-Martin, la capitale des replis, la préfecture où Churchill a murmuré en juin 1940 à propos de de Gaulle : "L'homme du destin !".

Puis, autour de ce jardin, il y avait la France, "mère des arts, des armes, des lettres et des lois", comme disait l'Angevin Joachim du Bellay. L'Europe intéressait aussi Pierre Archambault comme zone de paix à construire. Puis venait l'Occident : ce commandeur de la Légion d'honneur était "grand-croix des vétérans des guerres étrangères des États-Unis" ! Ensuite le christianisme social a occupé toute sa vie, depuis son militantisme précoce à l'Action catholique de la jeunesse française avec le RP Bernard de la Perraudière s.j., jusqu'à ses obsèques à la cathédrale Saint-Gatien, présidées par le cardinal Honoré.

Cette idée de la France à défendre dans un monde souvent hostile ou complexe, ce passionné d'histoire la trouvait aussi dans Alexis de Tocqueville : comme lui, il trouvait sa patrie "immuable et changeante". De même, comme Fernand Braudel, il servait "la diversité de la France", en y ajoutant toujours un geste de fraternité.

Comment devenir résistant dès les années... 1937 sans cette "certaine idée" ? Alors jeune marié et correspondant de plusieurs journaux parisiens et régionaux, il anime un groupe de réflexion contre le nazisme et fascisme menaçants. Il rassemble notamment des jésuites, des francs-maçons, des modérés. Il fait la connaissance de Michel Debré, membre du Conseil d'État, et de Jean Meunier, député SFIO... Tous se retrouveront dans la clandestinité et plusieurs iront en camp de concentration comme le père de la Perraudière et le chanoine Labaume, celui qui disait : "Fusillez-moi, je suis prêtre !".

Dès 1940, il rejoint le mouvement "Libération Nord" créé par Christian Pineau. En 1942, il devient agent P1, puis P2, du réseau "CND-Castille" fondé par le colonel Rémy. Sa "couverture", il la doit à Albert Montenay, grand industriel, auprès de qui il travaille. Mais dans l'ombre, il sauve des juifs, fait passer la ligne de démarcation, abrite des parachutistes anglais ou de la France libre, transmet des renseignements à Londres. Sa famille échappe d'ailleurs trois fois à la Gestapo à Tours et à Fondettes, avant d'être cachée à Semblançay par la famille Alliot.

Pierre Archambault prépare la Libération. Nommé préfet intérimaire en août 1944 par le GPRF, en attendant le premier préfet de la 4e République, Robert Vivier, il accueille les Américains dans le nord de la Touraine. Son destin d'homme libre se précise...

Une idée certaine de la liberté

Pour ceux qui y croient, la liberté est donnée à l'homme par Dieu et chacun doit la défendre. Cette conviction chère à Pierre Archambault l'avait amené à se battre très tôt pour gagner sa vie. Il respectait les convictions de chacun et était horrifié par les guerres de religion et les querelles de chapelles. La liberté de l'entreprise, il l'avait apprise à l'École d'organisation scientifique du travail, à l'École universelle (section journalisme) et dans diverses firmes de sa jeunesse comme les éditions Mame, l'agence Havas, la société Van Berkel... Et il défendra toujours le commerce et l'industrie privée, en même temps que l'artisanat, l'agriculture et les professions libérales.

Mais son grand combat de toute une vie fut la liberté de la presse. Il se référait au médecin, journaliste et entrepreneur loudunais du XVIIe siècle, Théophraste Renaudot : "Ne perdez pas votre temps à vouloir fermer le passage à mes gazettes, vu que c'est une marchandise dont le commerce ne s'est jamais pu défendre et qui tient cela de la nature des torrents qui se grossissent par la résistance." Cette magnifique formule du Poitevin a conduit le Tourangeau à exercer ses talents à "La Nouvelle République" (entreprise au caractère social marqué) pendant près de quarante ans, d'abord comme directeur général (1944-1972), puis vice-président du directoire (1972-1982), enfin membre du conseil de surveillance. Il fut aussi vingt ans président du Syndicat national de la presse quotidienne régionale. C'est d'ailleurs en 1971 que Jacques Chaban-Delmas, Compagnon de la Libération, alors Premier Ministre, lui remit la cravate de commandeur de la Légion d'honneur devant tous les hauts dirigeants de la presse française, ses amis de la Résistance et sa famille.

Une fonction dont il était fier aussi était celle d'administrateur de l'ORTF, où il représenta seul la presse française de 1964 à 1972 à la demande personnelle du général de Gaulle, chef de l'État en 1964.

Mais cet homme de foi et de liberté, respectueux de l'humanité entière, était sans doute aussi fier d'avoir aidé à réhabiliter le culte de la bienheureuse Marie de l'Incarnation, ursuline tourangelle qui avait évangélisé les Hurons du Québec ! Les Canadiens francophones l'appelaient souvent leur "cousin". Il y a en effet beaucoup d'Archambault au Canada. Catholiques, pauvres, descendants des Gaulois du Bourbonnais et émigrés par La Rochelle, ils ont contribué à peupler un peu le Nouveau Monde.

Pierre Archambault, lui, repose éternellement sur les hauts de Tours, au cimetière de Sainte Radegonde, avec les disparus de sa famille. La terre de Touraine l'a repris en son sein, lui qui avait parcouru le monde entier en rêvant d'aider à le rendre plus libre, plus joyeux et plus fraternel.

(Biographie parrainée par le collège Saint-Étienne de Chambray-lès-Tours)

La ville de Tours vient de créer une place Pierre Archambault en hommage à l'homme et à son service exemplaire pour la France. Sur la stèle est gravé : "Pierre Archambault - Résistant tourangeau - 1912 – 1988".


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