La Résistance en Languedoc (R4) :
Jean Cassou

L'histoire de Toulouse embrasse toutes les époques. Au temps où l'Allemand imposait sa loi sur notre territoire il n'y a guère, la capitale du Languedoc fut présente au combat dans l'ombre. Nul n'était mieux placé que Jean Cassou pour retracer les aspects de cette lutte et nous présenter les témoins de la Résistance à Toulouse.

"Je ne prétends nullement donner en ces quelques pages l'histoire de la Résistance dans la région languedocienne, mais simplement apporter une contribution à cette histoire, contribution fondée sur des souvenirs personnels. Je parlerai presque exclusivement des choses auxquelles j'ai plus ou moins pris part, celles dont j'ai été témoin de visu ou par ouï-dire. Bien des noms, bien des événements donc n'apparaîtront point ici. L'histoire complète de la Résistance française est une vaste entreprise en cours de réalisation sous la direction d'Henri Michel. Un témoignage comme celui-ci n'est qu'une modeste pierre à cet édifice.

"Je suis arrivé à Toulouse au printemps 1941, après la dislocation du réseau du musée de l'Homme. De nombreux camarades avaient été arrêtés par les Allemands et devaient compter parmi les premiers fusillés du mont Valérien. Yvonne Oddon et Agnès Humbert avaient été déportées. Brossolette poursuivait son héroïque destin. Paulhan, Jean et Colette Duval étaient restés à Pans, où je devais les revoir plus tard.

"Dès mon arrivée j'éprouvai le soulagement qu'au sortir du cauchemar parisien pouvait vous offrir la zone nono. Soulagement mêlé de stupeur et de malaise, car rien n'était plus étrange que ce petit royaume pétainiste avec ses saluts aux couleurs et ses rallumages de flamme. Le refus résolu ne s'y faisait guère sentir que dans le surcroît de population que la débâcle y avait amené et qui se composait en grande partie de juifs. Néanmoins dans la population autochtone elle-même, un commencement d'action se manifestait.

"On conspirait dans les bureaux de l'administration municipale, dans les milieux universitaires, dans quelques cafés comme Le Cristal où se réunissait le groupe du colonel Cahuzac, lequel Cahuzac devait mourir en héros et être une des premières grandes figures de la Résistance toulousaine. Il y avait là le chansonnier Pierre Dac, fidèle à son sang alsacien et qu'on entendit plus tard à la BBC, et mon futur camarade de réseau et de prison, Louis Vaquer, qui, démobilisé de l'armée des Alpes, s'était mis à s'occuper de la maison d'édition de sa tante, la romancière populaire Magali, et en avait fait avec elle un petit foyer d'opposition. Je me trouvai aussi en accord pour une action encore assez mal déterminée avec des gens de l'endroit, Descours, Achille Auban, avec des officiers qui ne se remettaient pas de la complaisance de l'Armée à sa défaite, le colonel Bonnaud, le commandant Brunerie, des réfugiés comme le professeur Hadamard, ses deux filles et son gendre, les jeunes garçons de Mme Henry, veuve d'un autre illustre savant.

"Ces commencements et comme cette préhistoire de la Résistance toulousaine valent qu'on s'y arrête. De tels tout premiers efforts ont le mérite de se manifester dans un climat raréfié, alors qu'on est sous le coup d'un incompréhensible désastre sans aucune lueur d'espoir en vue. C'étaient les premiers sursauts d'une prise de conscience, les premiers balbutiements d'une opinion naissante. On se cherchait à tâtons."

II me faut signaler, après cet extrait de Jean Cassou, que, mis en liberté provisoire, lui et Pierre Bertaux continuent leur combat.

Nommé commissaire de la République, Jean Cassou sera gravent blessé par les Allemands lors de la libération de Toulouse (20 août 1944).

En 1945, il devient conservateur du musée national d'Art moderne, puis, en 1965, directeur à l'École pratique des hautes études.

Écrivain, essayiste, poète, il décède en 1986. Il était Compagnon de la Libération et commandeur de la Légion d'honneur.

Ainsi s'écrivent des morceaux d'histoire pour l'honneur de la France.

Louis Vaquer


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