Parmi les hommes qui ont voulu la liberté : Henri Ingrand

Une page de l'histoire de la Résistance d'Auvergne s'est tournée le 23 novembre 2003 : Henry Ingrand (Rouvres), chef de la Résistance d'Auvergne est décédé.

Il était né le 19 août 1908 à Échiré dans les Deux-Sèvres.

Après des études de médecine, il devient externe des hôpitaux de Paris, puis interne des hôpitaux de la Seine, diplômé de l'institut de médecine coloniale de Paris, médecin sanitaire maritime puis copropriétaire d'une clinique chirurgicale d'Argenteuil.

En 1939 il est affecté comme médecin lieutenant à une équipe chirurgicale de l'HOE n°7 au sein de la 3e armée.

Refusant l'armistice, il commence d'abord la lutte par une résistance individuelle et participe à la manifestation du 11 novembre 1940 à Paris.

Dès janvier 1941, il adhère à Paris au Mouvement de Libération nationale (MLN) créé en zone Sud par Henry Frénay et participe à la rédaction de son journal Les Petites Ailes.

Il fonde à son tour en province des groupes du MLN à Reims et en Charente. Il est désigné en novembre 1941 comme membre du comité directeur de ce mouvement, puis à la suite d'un démantèlement du groupe parisien, il œuvre avec Jacques Lecompte-Boinet, le futur fondateur du mouvement "Ceux de la Résistance" (CDR).

Le 29 juin 1942, Henri Ingrand est arrêté par le SD à son domicile. Libéré un mois plus tard après avoir convaincu les Allemands de sa volonté de coopérer, il réussit à leur échapper et passe en zone sud. Henri Frénay le désigne le 27 novembre 1942 comme chef régional du mouvement "Combat" à Clermont-Ferrand.

Il va totalement réorganiser la région 6 avec le colonel Dejussieu (Pontcarral), Nestor Perret (Serge), Émile Coulaudon (Gaspard), Robert Huguet (Prince), Jean Rocjon (Berger), Georges Canguilhem (Laffont).

Il est nommé en mars 1943 chef régional des "Mouvements unis de Résistance" pour la région 6. Vivant sous différents pseudonymes (Villiers - Bessac - Chauray - Mazières - Rouvres) et dans une totale clandestinité, recherché par l'Abwehr, il met en place en 1943 l'ensemble des services des MUR, visitant les premiers maquis du Puy-de-Dôme, du Cantal et de la Haute-Loire. C'est lui qui recevait de Londres les instructions concernant la libération du Massif Central qu'il transmettra à ses deux adjoints, Georges Canguilhem pour les questions politiques et Émile Coulaudon pour les militaires.

Dès avril 1944, en collaboration avec Coulaudon, il organise et prend une part active à la constitution du réduit du Massif central (création de trois réduits au Mont Mouchet, réduit de la Truyère et le Lioran). Il est président du Comité régional de Libération.

Dès le 8 mai 1944, il établit son PC au Mont Mouchet avec l'état major régional de l'armée secrète (AS). Il avait été nommé fin avril commissaire de la République pour l'Auvergne.

Le 12 mai 1944, il échappe de peu à l'arrestation alors qu'il devait s'entretenir à Ferrières-Saint-Mary (Cantal) avec Jacques Bingen, délégué du Comité français de Libération nationale (CFLN) pour la zone sud, en mission d'inspection en R6, en vue d'y établir le PC de la délégation général zone sud, lui-même arrêté le matin en gare de Clermont-Ferrand.

En juin 1944, il participe aux violents combats du Mont Mouchet et du réduit de la Truyère où il fait preuve d'un grand sang froid et de courage. Il n'hésite pas pendant les combats à soigner de nombreux blessés au service de Santé de l'état-major.

Le 13 juillet 1944, au barrage de l'Aigle (Cantal), il favorise la réorganisation militaire de la région 6. Les trois mouvements paramilitaires de la Résistance (l'AS, les FTP et l’ORA) fusionnent alors en un état-major régional FFI sous les ordres d'Émile Coulaudon (Gaspard). Nommé colonel FFI le 20 juillet 1944, en tant que chef des MUR, il est membre de l'état-major régional FFI.

Commissaire régional de la République de la région 6 (Auvergne), il prend son poste le 28 août 1944, le lendemain de la libération de Clermont-Ferrand et le garde jusqu'en 1946.

En 1959, le général de Gaulle revenu aux responsabilités, il devient secrétaire général pour les affaires algériennes, puis ambassadeur de France au Vénézuela de 1961 à 1963.

Après quoi, il préside les houillères du bassin de Provence jusqu'en 1969, date à laquelle il devient conseiller aux affaires internationales des charbonnages de France, puis à la société CDF chimie jusqu'en 1977.

Décédé le 23 novembre 2003 à Aix-en-Provence, sa disparition a profondément touché ceux de nos compagnons, qui ne sont malheureusement plus très nombreux à l'avoir connu, estimé et respecté. Il restera avec Gaspard et Prince, les deux autres Compagnons de la Libération de la région 6, l'exemple et le symbole de ceux qui, comme le Général, ont dit "Non" dès juin 1940.

Il est l'auteur d'un excellent ouvrage La Libération de l'Auvergne, paru aux éditions Hachette en 1974.

Henri Ingrand était :

Gilles Lévy


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