Le service action dans l'opération Overlord
(Groupe Indou - Radio du DMR - Région M)

Jean-Baptiste Allard était fonctionnaire de la police parisienne quand éclata la guerre en 1939. Il remplissait les fonctions d'inspecteur chargé des transmissions. Sa spécialité d'opérateur radiotélégraphique lui permit de rendre d'insignes services à la Résistance.

C'est par le réseau Alliance qu'il put gagner l'Angleterre à bord d'un bateau de pêche, parti de Carantec, en compagnie d'une dizaine de passagers. Après trente heures de traversée par une mer démontée (ce qui leur permit d'échapper à la vigilance des garde-côtes allemands), ils arrivèrent à l'île de Wight.

Après le séjour obligé à Patriotic School (camp de filtrage des étrangers), il s'engagea dans les Forces françaises libres, au bureau de renseignements et action de Londres. Il suivit des stages de formation pour être envoyé en mission en France occupée. Sportif accompli, rugbyman, il saute en parachute pour la première fois, à 37 ans, lors de son stage en Écosse au camp de Ringway.

Avec son camarade Billard, il partit en mission en septembre 1943, Allard avec le pseudo d'Indou et Billard avec celui de Germain. Ils furent parachutés de nuit dans l'ouest de la France, entre Angers et Château-Gontier. Ils s'établirent dans un premier temps, à Laval où ils avaient des contacts.

Par le canal de la Résistance (lieutenant Guesnier), ils recrutèrent une équipe de protection chargée des liaisons avec les représentants du délégué militaire régional, d'assurer la "boîte aux lettres" et de trouver les emplacements pour émettre vers Londres.

L'équipe ainsi constituée se composait :

La mission d'Indou consistait à organiser le réseau radio du DMR de la région "M", qui comprenait le secteur opérationnel de l'Overlord, zone du débarquement en Normandie.

Après avoir assuré, depuis décembre 1943, dans des conditions de sécurité relativement bonnes, l'acheminement des messages radio du DMR sur Londres, à partir de la région lavalloise, le groupe reçut l'ordre, en mai 1944, de quitter le secteur de Laval dans les plus brefs délais, la région étant devenue insalubre pour le groupe à la suite de nombreuses arrestations au sein de la résistance mayennaise.

L'équipe Indou se transporte alors en Eure-et-Loir, à la Loupe, tandis que le radio Germain rejoint le maquis de Saint-Marcel, en Bretagne, où il devait ultérieurement réceptionner le 4e bataillon SAS du colonel Bourgoin.

Fin mai 1944, le groupe reçoit l'ordre de se rendre en Normandie pour se mettre sous la protection du maquis Surcouf de l'Eure, en prévision du jour "J". Les armes et le matériel radio sont transportés dans la région où se trouve le maquis, tandis que Indou et le Pion restent à La Loupe avec un émetteur pour garder le contact avec Londres.

La liaison est prise avec Robert Leblanc, chef du maquis Surcouf, et les responsables des FFI de l'Eure. Ceux-ci apportent leur aide précieuse pour trouver les emplacements pour émettre.

Le 6 juin 1944, jour du débarquement, le groupe radio Indou fait son entrée au maquis Surcouf, aux environs de Saint-Georges-du-Vièvre, dans l'Eure.

À la suite de l'entrée en action prématurée du maquis, la réponse ne se fait pas attendre. Attaqué en force, menacé d'encerclement, insuffisamment armé pour soutenir un siège, il doit se replier. Malgré une assez pénible retraite de plusieurs jours, il parvient à passer entre les mailles du filet tendu par les Allemands sans subir de pertes.

Étant donné l'instabilité du travail pour le poste émetteur, le groupe se séparera du maquis, qui, d'ailleurs, n'en sera pas fâché, croyant que l'émetteur le fait repérer par le gonio. Le maquis lui-même, sur ordre du général Kœnig, sera dispersé en petits groupes, facilitant ainsi l'action de "guérilla".

Le groupe Indou arrive à la fin juin 1944 au Bec-Hellouin (Eure), où un petit bois peu fréquenté par l'ennemi lui permet de trafiquer dans d'assez bonnes conditions, pendant près d'un mois, au moment où la bataille fait rage à moins de 60 kilomètres pour la prise de Caen. Par ailleurs, les arrestations déciment le réseau du DMR.

Indou, qui conserve le contact avec l'état-major de Londres, prend l'initiative de fonder à l'arrière immédiat du front de la bataille de Caen son propre réseau de renseignements. Bien secondé par les FFI de l'Eure et par la population, il peut ainsi, pendant toute la durée de la bataille de Normandie, envoyer aux alliés de précieux renseignements sur les mouvements des arrières de la 7e armée allemande, sur les emplacements des rampes de lancement de V1, sur les aménagements et mouvements ferroviaires. L'équipe exploite au maximum les nombreux renseignements qui lui parviennent de la population rurale. C'est la guerre en direct...

Fin juillet, le poste est repéré au milieu de l'armée allemande dont la densité sur le terrain augmente sans cesse. L'équipe est recherchée, serrée de près. Les arrestations se font plus nombreuses autour d'elle. Il faut de nouveau partir. Le lendemain du départ du Bec-Hellouin, la Gestapo visite le village, procède à de nombreuses arrestations d'authentiques résistants mais n'a pas eu, encore cette fois, le poste émetteur et ses servants. L'équipe se réfugie dans une ferme située au bord de la route reliant Bourgtheroulde à Bourg-Achard, exploitée par M. Jacques Marze, résistant en contact avec le maquis Surcouf. Elle installe son PC radio en pleine nature, dans un fossé au pied d'une haie séparant deux herbages.

Dans la première semaine d'août 1944, alors que la poche de Falaise commence à se refermer, un parachutage est effectué pour l'équipe Indou. Marron et Dalger en assurent la réception avec les FFI, à près de 40 km du PC radio. Malheureusement, lors d'un convoiement du matériel reçu, ils sont arrêtés sur la route de Lieurey (Eure) par une patrouille de-SS. En voulant défendre le chargement, Dalger est frappé à mort tandis que Marron réussit à s'échapper miraculeusement.

Jusqu'au 25 août 1944, le poste radio n'a cessé d'être en liaison avec Londres, malgré l'occupation de la ferme par un PC d'artillerie allemande, les derniers jours.

Les Alliés étaient tout proches, la bataille était âpre et les Allemands se demandaient comment ils allaient pouvoir franchir la Seine. Ils rôdaient en quête de quelque chose à s'approprier. Malheureusement, ils tombèrent sur le PC radio. Ils prirent le poste, les fréquences, les messages et purent de ce fait mesurer tout le mal qu'une petite équipe radio avait pu leur faire. De rage, ils fouillèrent la ferme, trouvèrent des drapeaux aux couleurs alliées, alignèrent les fermiers contre le mur, les menaçant de les fusiller s'ils ne livraient pas les terroristes. Ces fermiers n'eurent la vie sauve que grâce à un véritable miracle qui fit brusquement changer d'avis les SS, qui quittèrent la ferme après avoir mitraillé le chien. N'ayant plus de poste radio, l'équipe se camoufla dans la nature devenue le no man's land, jouet des duels d'artillerie au-dessus de leur tête. Le lendemain matin, 27 août 1944, les Canadiens arrivaient à Bourg-Achard. La mission Indou s'achevait. Le lieutenant Allard fut pris en charge par l'armée canadienne, qui l'achemina à Bayeux d'où il partit en avion à Londres rendre compte de la mission qui lui avait été confiée. Deux mois après, son équipe était récupérée et rejoignait à Paris le BCRA qui, devenu DGER, s'y installait.

L'équipe Indou, volontaire pour le théâtre d'opérations d'Extrême-Orient, partait, le 9 avril 1945, à Calcutta en vue d'être parachutée en Indochine pour une nouvelle mission Service Action.

Jean-Baptiste Allard est décédé en 1984 et repose à Avessac, dans sa Bretagne natale.

Le sénateur Jean Fleury, pseudo Panier, qui fut pendant la guerre l'organisateur des transmissions du BCRA, résume dans le Livre sur les réseaux Action de la France combattante (page 254) l'histoire exemplaire de la mission Indou. Elle a été d'un péril extrême puisque Indou était recherché désespérément par l'ennemi dans ses propres rangs. Elle témoigne d'une maîtrise exemplaire dans l'accomplissement d'un travail exact et minutieux, en dépit des conditions matérielles extrêmement difficiles.

Michel B. Maillard
(pseudo May)


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