LA LUTTE ARMÉE : LES GRANDS MAQUIS
La Résistance Bretonne : Saint-Marcel

Saint-Marcel, situé dans les landes de Lanvaux, évoque le célèbre maquis où des milliers de résistants et de Français libres se sont rassemblés entre le 6 et 18 juin 1944. Attaqués par l’armée allemande le 18 juin 1944, résistants et parachutistes SAS (Special Air Service) de la France libre se sont battus courageusement, infligeant des pertes élevées à l’ennemi avant de décrocher à la faveur de la nuit. En représailles, l’armée allemande brûlera le bourg et les fermes environnantes.

Construit sur les lieux même des combats, dans un parc boisé de six hectares, le musée de la Résistance bretonne de Saint-Marcel perpétue le souvenir de cette armée de l’ombre qui avait refusé le joug de l’occupant nazi.

Le choix du terrain de parachutage "Baleine"

Il fallait qu’il soit éloigné des grandes voies de communications, facile à repérer par l’aviation alliée, entouré de taillis et de bois pour y camoufler les dépôts d’armes et le plus loin possible des grandes concentrations de troupes ennemies.

Au nord de la ferme de la Nouette en Sérent, une prairie particulièrement bien située avait attiré l’attention d’Émile Guimard et d’Hunter Hue (futur agent du SOE) pour y organiser un terrain de parachutages. Après un contact avec Guy Lenfant, agent du BCRA (Bureau central de renseignement et d’action) parachuté en Bretagne, ce terrain fut homologué en février 1943, sous le nom de code "Baleine". À part un parachutage effectué en mai 1943 pour le compte du BOA (Bureau des opérations aériennes), le terrain sera gardé secret jusqu’au jour du débarquement pour y effectuer de gros parachutages d’armes et d’unités aéroportées afin de ralentir la progression des renforts allemands vers le front de Normandie. Jusqu’au jour J, Émile Guimard vient voir régulièrement le fermier de la Nouette, M. Pondard, pour s’assurer que l’ennemi ne se doute de rien.

La Résistance morbihannaise au jour J

Trois principales organisations armées sont implantées dans le Morbihan :

Le 1er février 1944, l’ensemble de ces formations de la résistance armée sera regroupé par le CFLN (Comité français de la Libération nationale) au sein des FFI (Forces françaises de l’intérieur).

En mars 1944, le général Kœnig reçut le commandement des FFI à Londres où il devait coordonner leurs actions avec les plans du débarquement allié. En effet, la Résistance jouera un rôle important le 6 juin 1944 en ralentissant considérablement les mouvements des troupes allemandes vers la Normandie.

Le SOE - Special Operations Executive

La Résistance, armée clandestine formée de civils, de professionnels du renseignement, de réseaux d’évasion, etc., eut un dénominateur commun : le SOE. 480 agents de ce service secret anglais furent parachutés en France occupée. Leurs missions étaient d’encadrer, d’armer, de ravitailler, de fournir les moyens de communications, de soigner, en un mot de permettre à ces hommes d’agir et de survivre.

Les missions de la Résistance bretonne, dans le cadre du débarquement allié, se décomposent ainsi :

Le 4 juin 1944, la BBC (British Broadcasting Corporation) lance un message à l’intention de la Résistance : "Les dés sont sur le tapis", annonçant l’imminence du débarquement et l’exécution immédiate des plans vert, violet et bleu.

Le 5 juin, "Il fait chaud à Suez" ordonne l’application du plan rouge qui exige un armement supérieur à celui dont la Résistance dispose. En effet, les FFI du Morbihan ne possèdent que 400 pistolets mitrailleurs Sten, 150 pistolets divers, 4 000 grenades et un important tonnage d’explosifs parachutés, par l’intermédiaire du BOA, le mois précédant le plan vert. C’est un armement destiné à des groupes de combat, qui ont besoin en embuscade de fusils et de fusils mitrailleurs.

L’établissement d’une base, aussi importante que celle de Saint-Marcel ne pouvait passer inaperçu. Les allées et venues des patriotes, qui ne prenaient pas toujours la précaution de se déplacer la nuit, la disparition de tous les jeunes gens des bourgs et divers incidents (certaines nuits, des coups de feu sont tirés du camp durant des heures !) trahissaient l’existence d’un maquis. Les soldats allemands du 17e état-major de génie de forteresse stationnés au château de Villeneuve, situé à 5 kilomètres de la Nouette, n’avaient pas été sans entendre chaque nuit les avions anglais. Certaines nuits de pleine lune, ils voyaient descendre dans le ciel les parachutistes et les containers.

Dans la nuit du 17 au 18 juin, des pilotes de la RAF (Royal Air Force) déversent par méprise 120 containers sur la gare de la Chapelle-Caro. Elle était éclairée pour l’embarquement d’une unité de la Wehrmacht en partance vers la Normandie. Les aviateurs ont cru qu’il s’agissait du balisage du terrain "Baleine".

La bataille

Le 18 juin à 4 h 30 (heure solaire), deux tractions avant de la Feldgendarmerie de Ploërmel, en patrouille, franchissent l’entrée du camp.

La première voiture est stoppée par un tir d’armes automatiques au premier poste FFI. La seconde s’apercevant de l’embuscade, accélère l’allure puis est arrêtée au second poste par un projectile d’arme antichar (PIAT), tiré par le parachutiste Pams. Un bref combat s’engage au cours duquel quatre Feldgendarmes sont tués et trois faits prisonniers.

Un seul s’échappe jusqu’à Malestroit et donne l’alerte. Du côté FFI, on compte un tué et deux blessés graves. Parachutistes et FFI établissent un dispositif défensif et se préparent à soutenir une vive réaction de l’armée allemande qui ne peut manquer de se produire dans les heures à venir.

Le camp, qui s’étend sur plus de 800 hectares, est défendu par environ 2 500 hommes dont 200 parachutistes SAS.

Les quatre jeeps formeront une unité mobile avec une puissance de feu toutefois amoindrie. En effet, les containers dans lesquels étaient conditionnées les mitrailleuses Vickers destinées aux jeeps se sont écrasés au sol (parachutes non ouverts). Les douze mitrailleuses sont en piteux état. Malgré tout, le parachutiste Le Gall réussit à en remonter une avec les débris. Les onze autres sont remplacées par des fusils mitrailleurs Bren qui ont une cadence de tir deux fois moins rapide (environ 500 coups/minute).

À 6 h 30, la garnison allemande de Malestroit est alertée.

À 8 h 15, la troupe investit le bourg de Saint-Marcel. Un jeune cultivateur prend ses jambes à son cou pour prévenir le commandant Le Garrec à son PC situé à la ferme des Grands-Hardys. Le camp est maintenant en alerte.

Première attaque

À 9 heures, l’ennemi, qui sous-estime l’importance du maquis, déploie une compagnie (200 hommes) sur un front de 500 mètres, en direction de la ferme de Bois-Joly.

Un groupe d’infanterie équipé d’une mitrailleuse, longeant les fossés et les haies, progresse sans être vu jusqu’au poste FFI. Les Allemands mettent leur arme en batterie et tuent les autres hommes de la position. Une balle perdue tue également une jeune fille qui garde les vaches. Les fusils mitrailleurs français ouvrent le feu dans toutes les directions. Les soldats allemands masquent leur retraite en lançant des grenades fumigènes.

Durant cette première action, qui a duré environ une demi-heure, les Allemands ont subi des pertes importantes et doivent se replier en direction de Saint-Marcel. Du côté français, le choc a été subi par une section SAS du capitaine Larralde, deux sections du bataillon Caro, et une unité du commandant Le Garrec. Le parachutiste SAS Daniel Casa, servant un fusil mitrailleur Bren au sud du Bois-Joly, a été mortellement blessé; il venait d’avoir 20 ans.

Deuxième attaque

À 10 h, les Allemands une fois réorganisés, progressent en direction de Sainte-Geneviève qu’ils pensent être le PC. Ils déploient, cette fois, deux compagnies (400 hommes) qui utilisent des mortiers et des grenades à fusils en direction de la lisière des bois d’où partent les rafales d’armes automatiques françaises. Les hommes du capitaine Larralde, soutenus par l’appui de feu des jeeps, maintiennent leurs positions mais réclament renforts et munitions. La section Morgant, composée de cheminots d’Auray, leur est envoyée en soutien. Entre-temps, des agriculteurs de la région font le va-et-vient entre le PC de la Nouette et Sainte-Geneviève, croulant sous le poids des munitions. Le commandant Le Garrec leur envoie en renfort le "corps franc" Guillas, composé de 40 jeunes volontaires et de 3 parachutistes : le lieutenant Skinner et les soldats Morizur et Terrisse.

Un fusil mitrailleur, placé tous les 10 mètres, stoppe les Allemands et l’attaque est de nouveau repoussée avec de lourdes pertes. Du côté français, il y a aussi des morts et des blessés. Les corps de deux parachutistes, le sous-lieutenant Brès et le soldat Malbert, sont évacués en jeep jusqu’à la Nouette.

Au poste de commandement de la Nouette, le commandant Bourgoin demande des ordres et l’appui de l’aviation par radio en Angleterre. Les civils reçoivent l’ordre d’évacuer le camp le plus vite possible, manœuvre très périlleuse car l’ennemi, à l’affût, maintient sa pression et tire sur tout ce qui bouge.

Troisième attaque

À 14 h, les Allemands, renforcés par 300 parachutistes, repartent à l’assaut sur un front de 2 kilomètres. À 15 h 30, un message tombe à l’état-major du 25e corps d’armée de Pontivy : "Un détachement du 2e régiment de parachutistes est au combat près de Saint-Marcel contre un groupe de terroristes et demande renforts et munitions". La 275e division d’infanterie (PC à Redon) envoie deux commandos de chasse et tient prête à intervenir une autre compagnie.

La situation devient intenable pour les maquisards, ils ont affaire cette fois à l’élite de l’armée allemande ! La défense est démantelée à hauteur du château de Sainte-Geneviève et des combats acharnés se déroulent au pistolet mitrailleur, à la grenade puis au couteau…

Vers 15 h 30, trois squadrons de chasseurs bombardiers, appartenant à l’USAAF (US Army Air Force), attaquent à la bombe à fragmentations les positions ennemies. Pendant plus d’une heure, ils mitraillent les colonnes et les rassemblements allemands autour de Saint-Marcel.

Les soldats ennemis, pris de panique, se dispersent dans tous les sens et les prisonniers en profitent pour s’échapper. Une fois les avions américains partis, les combats reprennent avec acharnement.

À son retour de mission, un des pilotes, le major Tice, notera dans son rapport que jamais de sa vie il n’a autant tiré sur un seul objectif !

Vers 18 h une compagnie de la 275e division d’infanterie, venue du camp de Coëtquidan, est débarquée au sud du maquis et attaque en direction du château des Hardys-Béhélec. L’attaque est d’une extrême brutalité. Malgré de lourdes pertes, elle progresse jusqu’à 500 mètres du château, les FFI décrochant pied à pied sous un feu d’enfer.

Dans le même temps, un commando de chasse du 17e état-major de génie de forteresse, basé au château de Villeneuve, lance une attaque à partir de la rivière de la Claie. Il réussit à progresser jusqu’à une crête située à 700 mètres du PC de la Nouette qu’il prend sous son feu. Une violente contre-attaque du corps franc Guillas délogera l’ennemi, déplorant un mort et un blessé.

Vers 19 h, le capitaine SAS Larralde, à la tête de ses paras, soutenu par les FFI du bataillon Caro, contre-attaque et reprend les alentours du château de Sainte-Geneviève mais ne peut déloger l’ennemi du Bois-Joly.

Le décrochage

À la tombée de la nuit, l’ennemi déploie maintenant plus de 1 000 hommes en arc de cercle, du château de Sainte-Geneviève jusqu’à l’ouest du château des Hardys-Béhélec. En prévision de l’assaut final, la 275e division d’infanterie détache vers Saint-Marcel une unité du 298e bataillon géorgien et deux bataillons du 3e régiment d’artillerie.

Au PC de la Nouette, il apparaît évident que l’on ne pourra tenir plus longtemps sans épuiser complètement les munitions. On redoute, non sans raison, que le lendemain l’attaque reprenne avec les troupes fraîches appuyées par de l’artillerie. Le commandant Bourgoin et le colonel Morice décident la dispersion de la base tant qu’il est encore possible de décrocher dans de bonnes conditions, celle-ci n’ayant pas encore été encerclée.

Durant la nuit, des colonnes de FFI se replient sans dommage en direction du château de Callac, lieu de rendez-vous, d’où ils devront regagner leur maquis d’origine. Il faut abandonner une grosse quantité de matériel reçue la nuit précédente.

Le capitaine Puech-Samson commandant la compagnie de protection donne donc l’ordre à deux parachutistes de faire sauter le dépôt d’armes et de munitions, qui représente plusieurs dizaines de tonnes de matériel.

Lorsque les Allemands investiront la Nouette, une équipe de l’Abwehr (service de renseignement et de contre-espionnage) dépêchée de Rennes notera dans son rapport : "Un matériel d’une richesse et d’une importance extraordinaires a été découvert au PC du maquis dont le tri demandera plusieurs jours. Après trois jours de travail, on ne peut encore avoir une idée du butin récupéré. 30 camions ont déjà été enlevés du camp et sont en cours d’inventaire".

Le bilan

Au cours de la bataille, 28 français ont été tués dont 6 parachutistes SAS. On compte également 60 blessés et 15 faits prisonniers.

Du côté ennemi, les pertes sont beaucoup plus élevées. Les assaillants avaient sous-estimé l’importance du maquis et la capacité des "terroristes" à se battre. L’armée allemande notera dans le rapport de cette journée : "La résistance ennemie a toujours été tenace et opiniâtre".

Pour les résistants, des pertes beaucoup plus importantes seront à déplorer dans les jours à venir. Ils seront traqués par les troupes géorgiennes et la milice française lors d’une véritable chasse à l’homme.

Nos remerciements à madame Andersen, conservatrice du Musée de la Résistance bretonne, à Saint-Marcel, pour les textes fournis.


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