LA LUTTE ARMÉE : LES GRANDS MAQUIS
Historique de l'Organisation de Résistance de l'Armée (ORA)

par le colonel de Dainville
auteur du livre L’ORA, paru chez Lavauzelle

Le 22 juin 1940, l’armistice est signé. Il entre en vigueur le 25. Mais faisant face à l’adversité des cadres de l’Armée, de leur propre initiative, sur l’avenir et cherchent ce qu’ils peuvent faire pour préparer.

Juin, le chef des Services spéciaux, le colonel Rivet, réorganise les services en vue d’une "activité camouflée". Des officiers, des sous-officiers, dans les unités mais surtout dans les matériels, camouflent des armes.

Le général Weygand, ministre de la Défense nationale, et le général Colson, secrétaire d’État à la Guerre pendant les deux mois qui suivent l’Armistice, donnent leur appui à ces réactions. Il n’en sera pas de même pour leurs successeurs d’abord neutres, puis réticents, enfin hostiles. L’initiative de la clandestinité revient alors aux chefs d’état-major de l’Armée de terre : Piquendar d’abord, Verneau surtout.

Prenant parfois des risques mortels, ils mettent sur pied la mobilisation d’une armée clandestine.

Dès l’été 1940, les bases en sont jetées.

Le chef du 3e Bureau, le colonel du Vigier, est responsable de l’orientation générale de la mobilisation ; le rôle de cette armée est de préparer un débarquement allié en France et d’y participer.

Les problèmes de la clandestinité sont traités au 3e Bureau par la "Section d’études" où passent déjà plusieurs futurs responsables de l’ORA : le commandant Bosc, le capitaine de la Blanchardière (mort en déportation).

La mobilisation des effectifs, dédoublement et détriplement des unités d’active est réalisée au 1er Bureau de l’EMA par le colonel Henri Zeller, le lieutenant-colonel Pfister et un petit groupe d’officiers qui transmettent directement leurs besoins au Service national de la statistique du contrôleur général Carmille (mort au Fort de Montluc). Le lieutenant-colonel Jacquet, responsable à ses côtés des activités clandestines de ce service fait préparer les fichiers nécessaires par l’établissement central de Lyon.

Dans les divisions militaires, la section d’études a un correspondant clandestin, le délégué régional à la mobilisation secrète, seul connu de l’administration centrale et seul à recevoir des directives. Mais il dispose lui-même de tout un réseau d’officiers de mobilisation répartis dans les unités. Ils forment une hiérarchie clandestine et les commandants de division ne connaissent qu’une partie de leurs activités.

En 1943, sous l’impulsion de Frère et de Verneau, la résistance militaire trouve une large assiette. L’ORA en zone Sud avec Henri Zeller et Pfister, s’inscrit dans l’ancien dispositif de l’Armée de l’armistice et en utilise les ressources.

Le chef des GAD, du Passage, reprend en janvier le contact avec l’ORA, son organisation sert de support à l’implantation en zone Nord. L’encadrement en est, pour la plus grande part, assuré par la réserve. Verneau lui-même et Cogny s’en occupent.

Le colonel Laurent, du 2e Bureau de l’EMA, rejoint l’ORA et forme son 2e Bureau.

Le CDM, toujours indépendant, reste en contact étroit avec l’ORA. Mollard, entre autres, lui donne ses premiers fonds ; il décide en août avec Verneau, que le CDM deviendra le Service du matériel de la zone Sud ; tous deux sont arrêtés mais la fusion ORA-CDM sera néanmoins réalisée en décembre 1943.

Vers la même époque, le regroupement de l’Organisation de résistance de l’armée de l’air du général Carayon et celui de l’ORA est décidé avec ingénieur de l’air Ziegler.

Enfin, la liaison avec les Services spéciaux devient tellement étroite que le contre-espionnage du commandant Verneuil prendra même en charge la protection du PC de l’ORA.

À la fin de l’année 1943 est ainsi réalisé le regroupement de toutes les activités secrètes des anciennes Armées sous l’autorité d’un même chef, le général Revers. Les effectifs sont passés dans l’année, de 8 000 à 50 000 hommes. De nombreux contacts ont été pris avec les formations de résistance ou les partis politiques, en vue de mener en commun la lutte contre l’ennemi. L’ORA s’y présente comme antenne de l’armée régulière ; elle s’est donnée pour mission d’améliorer la valeur combative de tous. Elle se lance, à son heure, dans l’action directe. Mais l’année 1943 lui a coûté cher : ses deux chefs, les généraux Frère et Verneau, ont été successivement arrêtés et mourront en déportation.

En 1944, le général Revers devra faire face à une tâche particulièrement ardue. À la demande du général de Gaulle, l’ORA ne doit plus rester marginale, mais s’intégrer dans le dispositif de la Résistance malgré de violentes oppositions. Revers aura donc à résoudre simultanément un problème politique, mais aussi un problème militaire d’autant plus complexe, qu’il ne lui suffit pas de lutter contre l’ennemi avec ses propres moyens, il doit aussi aider de ses conseils militaires l’ensemble des formations de résistance.

Au sein même de l’ORA, sentant que la lutte sera dure, Revers freine le recrutement, le limitant aux possibilités de l’armement et préférant aux effectifs pléthoriques la cohésion des unités. Les coups encaissés par l’ORA en 1944 seront en effet rudes : sont arrêtés : un commandant de zone, Ailleret, deux commandants de la région autonome de Paris, Cano et du Garreau, de nombreux commandants de régions : en zone Sud, Guillaut (R3), de Grancey (R5), Friess (R6) ; en zone Nord : de Freslon en Bretagne, Duchatelet dans le Nord, Bernard Challe en Picardie, Madelin à Angers, Prat à Dijon, Folio en Normandie, Maurin à Besançon.

À partir du débarquement, la lutte devient progressivement ouverte. Partout les unités ORA se distinguent. Dans la région de Lyon, pour les hommes de Descour, c’est le Vercors après les Glières, mais aussi une guérilla intensive dans les Alpes. Les unités de Lécuyer appuient le débarquement d’août dans le Var, participent à la libération de la côte et de son arrière-pays. Dans le Sud-Ouest, le corps franc Pommiès se livre à des centaines d’actions. En Dordogne, l’ORA se dresse contre la division Das Reich. À Clermont-Ferrand, les groupements du colonel Fayard attaquent les garnisons allemandes du Massif central. La reddition de la colonne Elster résulte pour une bonne part de l’action conjuguée des unités ORA des colonels Chomel, Bertrand et Fayard. Le plan "Tortue" du débarquement en Normandie est confié à l’ORA ; en Bretagne, le colonel Masnou harcèle les colonnes allemandes avec ses 11 000 hommes. L’ORA est à Saint-Marcel. Les Francs-Comtois du colonel Maurin, comme leurs voisins de Bourgogne, des Vosges ou d’Alsace, livrent de nombreux combats. Les Lorrains assurent l’insécurité de l’axe ferroviaire Strasbourg-Paris.

Les unités ORA continueront la lutte, après la libération de leur région, dans les poches de l’Atlantique, dans les Alpes et à la Première Armée.

C’est une unité ORA, le 49e RI du général Pommiès, qui défilera la première à Berlin.

Un délégué du général de Gaulle : Bouchinet-Serreules, membre des Amitiés de la Résistance, écrivait en février 1944 : l’ORA "est de nature hybride : c’est, d’une part, un mouvement composé de volontaires, d’autre part, une organisation composée d’officiers relevant directement de leurs supérieurs hiérachiques". Il rendait ainsi hommage au caractère propre de l’ORA, une troupe régulière, recrutée par volontariat.

L’article ci-dessus constitue la synthèse de l’historique de l’ORA que le colonel de Dainville a rédigé et qui est actuellement en instance de publication.


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