Georges CharaudeauGeorges Charaudeau
et l'Intelligence Service


Mes relations avec Georges Charaudeau s'étaient établies dès avant guerre, Georges Charaudeau étant le secrétaire général de l'Automobile club basco-béarnais, qui organisait notamment un grand prix automobile auquel notre journal, alors L'Auto, accordait une bonne place.

C'est ainsi qu'en particulier Georges Charaudeau établit des liens d'amitié très proches avec mon collaborateur Maurice Henry, lequel était alors le chef de la rubrique automobile de L'Auto. Ainsi, tout de suite au début de l'occupation, Georges Charaudeau rétablit-il le contact avec Maurice Henry. Il lui révéla son appartenance à l'Intelligence Service. Et comme son action nécessitait quelques besoins matériels, ils pensèrent nécessaire de s'ouvrir à moi de la situation.

Je me trouvais moi-même dans une situation assez extraordinaire. Henri Desgrange, le patron de L'Auto, qu'il avait créé avec mon père, venait de mourir en ce juillet 1940. L'Auto tombait entre les mains des allemands pour la raison que son actionnaire majoritaire d'alors, Raymond Patenotre (mon frère aîné, Maurice Goddet, héritier de cette majorité l'ayant cédé en 1938 à Raymond Patenotre, milliardaire bien connu, lui même parti de la débâcle pour les États-Unis qu'il ne quitta plus) avait lui-même accepté que son collaborateur Lejeune, qui dirigeait l'ensemble de ses journaux (Le petit journal, Nice matin, Lyon républicain et L'Auto), vendent ses journaux édités à Paris (donc L'Auto et Le petit journal) aux autorités allemandes. Ce Lejeune, que je chassais sur-le-champ en menaçant de saborder le journal dans le cas où il y aurait la moindre intervention des nouveaux propriétaires, a été fusillé en 1945.

C'est dans cette situation difficile que j'accueillis Georges Charaudeau, introduit par Maurice Henry, lequel était sûr de mes sentiments, pour que je lui apporte des aides nécessaires : quelques moyens financiers, cartes de correspondant de L'Auto, permis de chemin de fer, et aussi toutes informations utiles possibles, portant particulièrement sur l'organisation et la vie de la presse parisienne de l'époque, entièrement sous contrôle nazi.

En effet, j'étais en état de fournir des informations utiles dans ce département pour la raison que le représentant de L'Auto, siégeait au groupement de presse mis en place par la Propagandastaffel, présidé par le fameux traître Jean Luchaire (également fusillé). Or ce représentant de mon journal était Patrice Thominet, que j'avais appelé auprès de moi, ce que je considérais toujours comme mon journal, alors qu'il se trouvait être le premier clerc de l'étude de Me Dauchez, notaire, quai de la Tournelle. Alors que Patrice Thominet était lui-même engagé dans la Résistance, il fut le chef militaire du réseau Libération Vengeance (sous le pseudonyme "colonel Guillaume").

Nous continuâmes à apporter nos assistances à Georges Charaudeau jusqu'au bout de l'épreuve et j'ai été moi-même attributaire d'une carte d'identité de l'Intelligence Service.

Jacques Goddet
Président d'honneur fondateur du journal L'Équipe

Georges Charaudeau fut aussi l'un des présidents d'honneur des Amitiés de la Résistance.


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